William Schaw : précurseur ... énigmatique ?
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La Loge Nationale de Recherches de la Grande Loge Indépendante de France (VM Pierre Dubois) a la faveur de publier son premier texte : « William Schaw » ; étude du BAF Marc Bianchini.
RESUME.
Il semble que la Franc-Maçonnerie écossaise fasse figure de précurseur dans le paysage moderne de cette institution, ce qui a suscité et suscite encore de larges controverses en particulier de la part des Anglais et de la Loge de Recherche Quatuor Coronati n°2076 de la Grande Loge Unie d’Angleterre. Cela n’est pas étonnant à la lecture de ses minutes débutées en 1886 et dont les travaux de recherche, pour la plupart, sont basés sur le début de la maçonnerie spéculative en 1717 et surtout sur les Constitutions d’Anderson de 1723.
Ce travail va essayer de mettre en évidence un personnage particulier, écossais ayant vécu à la fin du 16ème siècle en Ecosse, William Schaw, donc antérieurement à la création de la première Obédience au 18ème siècle.
Nous examinerons le contexte social, culturel et religieux de l’époque et tenterons de cerner le personnage et son environnement, ainsi que le travail mis sur pied pour une réforme des Loges opératives de l’époque dans lesquelles vinrent s’inscrire la présence de « Maçons acceptés » dans le paysage maçonnique.
INTRODUCTION.
Nous allons faire un voyage et nous transporter dans l’Ecosse de transition entre le Moyen Age et la Renaissance, au travers de l’approche d’un homme, William Schaw, de sa biographie, de son environnement, ses idées et son œuvre. De nombreux anciens documents, incertains parfois quant à leur conservation ou leur traduction, sont depuis longtemps disponibles mais n’avaient jamais été investigués et déchiffrés avant que David Stevenson[1]ne s’y intéresse. Ses livres ainsi que celui de Knoop et Jones et d’autres, sont complétés par des sites Internet dans la bibliographie. Ils sont tous d’orientation historique maçonnique ainsi que ceux ayant été utilisés pour le contexte historique pur de l’époque. L’idée est de contextualiser le personnage et d’essayer de comprendre son interaction ou non avec la franc-maçonnerie spéculative.
Nous verrons qu’il n’y a finalement pas de hasard et que comme souvent, un évènement est de source multifactorielle. Tout ce travail est sans prétention et n’a pour but que d’essayer de synthétiser des connaissances déjà existantes, souvent remises en cause par quelque esprit chagrin, commandité par des intérêts politiques et la plupart du temps empreint d’une forme de révisionnisme.[2]
La qualité de l’homme que fut William Schaw est traduite dans son épitaphe en Annexe 3.
RECHERCHE.
A. Un peu d’histoire.
Les Ecossais sont un peuple d’origine celtique. Les Pictes d’abord puis les Scots venus d’Irlande[3], en sont les premiers habitants reconnus. C’est un moine irlandais, Columba, qui christianisa l’Ecosse. Puis Anglais, Normands, Vikings pénétrèrent dans le pays, ce qui organisa dès lors un vrai melting pot. Le sud de l’Ecosse s’anglicisa à l’initiative de la Reine Marguerite (1046-1093) d’origine anglo-normande et de plus en plus, à partir de cette époque, essentiellement au niveau de la langue. Après les diverses annexions de l’Ecosse par les Anglais, les Ecossais retrouvèrent de leur superbe grâce à William Wallace et Robert Bruce après la bataille de Bannockburn en 1314. Pendant les trois siècles suivants (environ en 1603), guerres et trêves se succédèrent, entrecoupées d’alliances dynastiques.
C’est à partir de là que fut signée, en 1295, l’Auld Alliance, rapprochant fortement l’Ecosse et la France, ennemie jurée de l’Angleterre. C’est à cette période que commencent à fleurir ici ou là, de nombreuses cathédrales et abbayes. Preuve de ce rapprochement, la jeune Reine Marie Stuart épouse le futur Roi de France, François II. Elle sera la victime d’un retournement religieux notoire, le passage du catholicisme au protestantisme le plus austère, le presbytérianisme, sous l’impulsion de John Knox (1514-1572).

B. Le contexte politique écossais de l’époque.
Le début du 16ème siècle en Ecosse est une période charnière, décisive et agitée dans ce pays, où changements de croyance religieuse, changements dans la gouvernance vont influencer la marche interne de ce royaume ainsi que ses relations extérieures. On pourrait revenir en arrière sur le Moyen Age, voire avant pour mieux comprendre la situation de cette époque.
Pour résumer la période médiévale, le pouvoir royal central dont la pérennité dans les Lowlands[4] semblait établie, se confrontait à d’autres coutumes dans les Highlands[5].

La culture clanique dans les Highlands, imprégnait ses us et coutumes à la société locale et chaque chef de clan était un petit roi, à la tête d’un système patriarchal dans lequel la « fidélité » était le moteur. Le système monarchique central s’appuyait sur un parlement, système efficace, mais se heurtait aux prérogatives des clans. Jacques IV, fin du 15èmesiècle, tenta bien d’imposer le système féodal mais s’y cassa les dents. Les différents rois ou reines qui se succédèrent après Robert Bruce en 1329 ainsi que les multiples régences, ne firent que « détricoter » un semblant de féodalité. La société écossaise était dominée par la loi du sol et ses propriétaires. N’oublions pas que ce système clanique fut officiellement brisé après la bataille de Culloden en 1746, gagnée par l’armée anglaise contre une armée jacobite, clanique.
D’un autre côté les bourgs s’étaient enrichis, avaient gagné en autonomie, avec des chartes de franchise, défendus par les autorités au moyen de milices. Les libertés des Corporations de Métier restaient intactes.
C’est dans ce contexte que Jacques (James) VI puis Jacques 1er d’Angleterre arriva au pouvoir. Sa mère Marie Stuart[6], catholique, abdiqua par la force en sa faveur après avoir été enlevée et séquestrée par les Presbytériens. Il était né catholique mais se retrouva dans la peau d’un protestant. Ce Roi s’illustra par sa culture, son amour des Arts et son ouverture d’esprit, tâchant tout au long de son règne de faire vivre, si possible en harmonie, les deux factions religieuses. Au sein de sa cour, il s’efforça de faire cohabiter catholiques (discrets quand même !) et presbytériens. Cette attitude sera probablement la raison pour laquelle, se développèrent courants de pensée, influences plus ou moins hermétiques et aussi quelques autres idées neuves de la Renaissance. C’est à proximité de ce Roi que l’on va retrouver William Schaw.
C. L’état du Métier en Ecosse.
Comme nous l’avons dit plus haut, les corporations de Métiers avaient pignon sur rue et dépendaient entièrement du pouvoir du bourg. Les premières corporations ayant reçu une charte furent celles des tailleurs de pierre et des charpentiers en 1475 à Edimbourg. Par cette « incorporation »[7], ils intégraient le système politique de la ville. D’autres cités comme Aberdeen et Glasgow emboitèrent le pas. Ce référencement des corporations officialisait une préexistence de ces structures depuis plusieurs siècles parfois.

Un système identique existait déjà en Angleterre mais fut éradiqué par Henri VIII lors de sa Réforme anglicane (1534) qui confisqua tous les biens de l’Eglise romaine ainsi que tout ce qui y était rattaché, dont les Guildes. Mais Angleterre et Ecosse étaient des royaumes différents et tel n’était pas le cas en Ecosse. L’Anglicanisme remplaça le catholicisme romain en Angleterre, une sorte d’adaptation, alors qu’en Ecosse, c’est une nouvelle foi, le calvinisme, qui pris lieu et place du catholicisme (1559). Les Guildes écossaises ne furent pas détruites mais cessèrent toute allégeance à l’Eglise de Rome. Concernant l’organisation, les Guildes étaient dépendantes du bourg et y étaient rattachées. C’est le bourg qui décidait et commissionnait les travaux et les attribuait aux Guildes. Chaque bourg avait ses Guildes et de fait, les ouvriers y étant rattachés ne pouvaient se déplacer d’une ville ou d’un comté à l’autre.
Il existait toutes sortes de corporations : boulangers, tisserands, bouchers etc. mais ces métiers restaient de par leur essence même, liés à un lieu, un emplacement (les échoppes pour les boulangers, bouchers etc.). Les tailleurs de pierre avaient une organisation et des contraintes différentes. Ces guildes avaient pour fonction l’organisation, la formation, les conditions de travail ainsi que les salaires et au-delà une vocation mutualiste (obsèques..). C’était également une confrérie religieuse avec, souvent, un autel dédié au saint patron dans l’église du bourg. La Guilde faisait donc partie intégrante de l’organisation de la cité tant socialement que politiquement. Elle protégeait également la profession de l’arrivée « d’étrangers »[8]. Cependant certaines Guildes n’étaient pas partout, spécifiques à un seul Métier et ne correspondaient pas à la spécificité des maçons[9], la « Loge », système « re-naissant », devint plus adaptée.
Le concept de Loge existait déjà depuis longtemps et ce depuis l’époque médiévale, ce qui est attesté par une nombreuse documentation, tant en Grande Bretagne que sur le continent. Il est même attesté à Rome où le terme « loggia » est employé, sans qu’on en connaisse précisément le sens, l’utilité et le contenu. La tâche de ces tailleurs de pierre pouvait les mener d’un chantier à un autre et ils avaient besoin, sur chacun d’entre eux, de se retrouver en un lieu commun, la Loge. Cette Loge se matérialisait la plupart du temps comme un simple local temporaire où ils pouvaient stocker leur matériel, se reposer et échanger entre eux, local qui parfois était attenant à la construction, ou une institution semi-permanente rattachée à un édifice religieux par exemple. Il n’existait pas de juridiction chapeautant tout cela ni aucune interrelation entre ces Loges. Les futurs Statuts Schaw vont essayer de clarifier et d’organiser cela. Du concept matériel du local dédié, on passa au concept de groupe sous le nom de loge. Même si certaines étaient de courte durée, un grand nombre existèrent sur du long voire très long terme, comme celles relatives aux constructions religieuses, des années et même des générations tant pour la construction que pour l’entretien des bâtiments. Ce système existait en Angleterre et en Ecosse.
Mais les maçons de l’époque avaient un sens aigu de l’exclusivité de leur tâche et gardaient jalousement leurs secrets de « fabrication ». Autant au niveau d’une Guilde il était facile de savoir qui faisait quoi, chacun se connaissant dans la cité, autant il était compliqué de connaitre les compétences de nouveaux arrivants ! Que ce soit sur le continent ou en Grande Bretagne, des réunions régionales se tenaient parfois essayant de maintenir un semblant de règles diverses et variées, pas toujours appliquées, relatives aux secrets, à la discipline et aux salaires, ce dernier point étant illégal pour les loges et réprimé par le pouvoir.
D. Le système existant avant Schaw.
Il va sans dire que ce concept de loge, en tant que regroupement d’hommes de métier, nécessita des Règles. Ils vivaient ensemble au jour le jour, partageaient leurs vies personnelles et avaient le sentiment de faire partie d’une entité de savoirs et de connaissances. Ils devaient aussi pouvoir accueillir de nouveaux arrivants et il fallait donc éprouver ces compétences au travers de systèmes de reconnaissance, d’un savoir légendaire ou peut être de mots de passe. Dans le système du Compagnonnage en France, par exemple, et qui perdure aujourd’hui, existaient des signes, des poignées de main bref des actes qui permettaient à ceux qui avaient reçu le « bon » enseignement de se reconnaitre entre eux. Rien ne permet d’exclure que de tels procédés n’existaient pas en Ecosse et on pourrait aisément imaginer les prémices de ce que pu être l’arrivée du « mot du maçon ». Ce qui existait en Angleterre au Moyen Age, c’est-à-dire les Anciens Devoirs[10]était connu de la plupart de ces maçons. On ne retrouve pas de copies écrites de ces O.C[11]. en Ecosse avant le milieu du 17ème siècle mais il est certain qu’ils étaient connus des maçons car William Schaw y fait référence dans ses premiers Statuts. De nombreuses copies de ces O.C. furent élaborées tant en Ecosse qu’en Angleterre, avec de minces différences entre elles, mais toujours avec le même fond et quasiment la même forme. La première en Ecosse fait partie du Ms Kilwinning.
E. Les Old Charges
Le Régius date de 1390 et le Cooke de 1410 et représentent les premiers volumes de ce que l’on a appelé les Anciens Devoirs. Ils avaient pour but de donner un cadre au métier de maçon.
Le Régius est un poème de 794 vers de 8 pieds chacun. Il est Anglais, à connotation très professionnelle, avec devoirs et obligations. Il chante également la légende fondatrice du Métier, en passant par les quatre couronnés[12], la Tour de Babel, les 7 arts libéraux. Cela est fondateur de l’aspect initiatique de la maçonnerie opérative de l’époque. Il est d’influence catholique romaine par référence à la Sainte Eglise et à Marie. Sans entrer dans les détails, le texte commence par une référence à Euclide et à la naissance de la géométrie et de la maçonnerie en Egypte. On y parle d’emblée de l’universalité de l’apprentissage du métier même pour le plus humble, de l’amour réciproque, du respect du maitre instructeur, du terme de Compagnon. Puis miraculeusement le Métier apparait en Angleterre, au temps du roi Atelsthan, environ au Xème siècle. En suivant, sont énoncés une longue liste d’obligations, et de devoirs visant à organiser et moraliser le travail. Après évocation des sept arts libéraux, le document se termine par l’attitude à adopter par rapport à l’Eglise, à la foi, aux sacrements, à l’obligation de prier, de se rendre à la messe si possible. S’ensuit un guide de bonnes manières en société.

F. William Schaw : le personnage.
On connait relativement peu de choses sur la vie de William Schaw qui est presque résumée par l’épitaphe de sa tombe à Dunfermline[13]. Il serait né en 1550 et mourut le 18 avril 1602, soit à 52 ans. Son épitaphe rappelle « ses qualités humaines d’intégrité, de droiture, ses fonctions de Maitre des travaux du Roi, Chambellan de la Reine (Anne) et Maitre des cérémonies. Il excellait en architecture et était un grand voyageur, honnête, consciencieux et d’une grande capacité à servir ».
Il était issu d’une famille de propriétaires fonciers, les Schaw de Sauchie, dans le comté de Clackmannan. Comment William Schaw se retrouve-t-il à la cour de Jacques VI ? Les Schaw ont toujours été les vassaux des Stuarts et l’on retrouve cela dans de vieux documents authentiques écossais qui les donnent propriétaires des terres de Greenock par une alliance entre un Sauchie et une Galbreth de Greenock sous le règne de Robert III (1390-1406) de son vrai nom Jean Stuart.

Les Schaw tinrent une place prépondérante auprès des Stuarts au gré des alliances et des positions qu’ils occupèrent auprès d’eux. Un James en 1471, un George en 1476 un autre James etc.. en 1488, 1495, 1524 et 1582, tous à des postes d’abbé, d’évêque, de Grand Trésorier ou de Maitre du sellier à vins du Roi à différentes époques et sous différents rois d’Ecosse et donc dans la continuité, rien de bien étonnant à retrouver notre William Schaw dans l’environnement immédiat du Roi à la fin du 16ème siècle ainsi que de voir la progression de l’étendue de leurs domaines agricoles et immobiliers au fur et à mesure des générations.
La première connexion Schaw/Sauchie remonte à 1431 avec le mariage de James Schaw of Greenock et de Mary de Annand of Sauchie.
Puis l’histoire devient très compliquée à suivre tant les Schaw furent prolifiques dans leur lignée et adoptaient toujours les mêmes prénoms, John, James, Alexander… Il semble en fin de compte que « notre » William Schaw était fils de John Schaw of Broich et petit-fils de James Schaw de Sauchie. Mais au-delà d’une généalogie difficile à suivre, il semblait intéressant de faire comprendre que cette famille, les Schaw, apparut sous le règne de Robert III, se poursuivit huit règnes plus tard avec William Schaw toujours dans l’entourage direct de la royauté de Jacques VI. Cela pourrait permettre de mieux comprendre la présence de William dans une cour avec laquelle il n'était pas forcément politiquement compatible.

Toutes ces alliances et mésalliances entre les de Sauchie et les de Broich, agrémentées d’autres comme les Greenoch, semèrent le trouble dans cette grande lignée au travers de revendications territoriales et d’héritages incertains.
On retrouve William Schaw auprès de Marie de Guise, régente de la couronne d’Ecosse, catholique et faisant face à la rébellion du Convenant[14]. Elle meurt en 1560, William Schaw étant son page à l’âge de 10 ans. S’en suit une période, entre 1550 et 1560, où on ne retrouve quasiment pas de traces de William Schaw. L’époque est trouble en Ecosse. Marie Stuart est obligée d’abdiquer en faveur de son fils Jacques, âgé d’un an et demi. Quatre régents se succédèrent donc jusqu’en 1578, date de sa majorité même s’il ne fut réellement couronné qu’en 1583. William Schaw avait 33 ans.
En 1581, le Roi et la Cour durent signer la « Negative Confession », une dénonciation stricte du catholicisme sous la pression de la Kirk et parmi les signatures du document on retrouve celle de William Schaw. En 1583 il fut désigné comme « Maitre des travaux du Roi » en lieu et place de Robert Drummond de Carnock normalement nommé à vie, même si ce n’est qu’en 1592, à la mort de Drummond que sa nomination devint effective. Cette fonction de Maitre des travaux[15]existait déjà, en fait depuis 1529, sous le sceau privé du Roi avec James Nycholay et Scrymgeour pour Stirling et Falkland qui en précédèrent d’autres jusqu’à Drummond. Leur rôle était de construire, rénover, assurer la maintenance des châteaux et bâtiments mais ils n’avaient pas d’autorité sur le Métier de maçon, ni sur les Loges ou les Guildes.
Cette nomination comme Maitre des Travaux peut paraitre surprenante en ces temps tourmentés. Mais on peut peut-être avancer pour comprendre cela :
- Sa proximité avec Anne du Danemark épouse du Roi qu’il alla chercher lui-même en Norvège, en 1589, avec Jacques VI, celle-ci étant bloquée sur place par des intempéries,
- Sa présence à la Cour dès l’âge de 10 ans comme page de Marie de Guise,
- La très longue lignée de sa famille et sa présence dans la sphère royale Stuart depuis 1472 comme vu plus haut,
- Son désir de ne pas « faire de vagues » autour de lui dans ses décisions,
- Son adaptabilité et sa souplesse religieuse (on sait qu’il assista de temps en temps à des offices protestants),
- On peut supposer, cependant sans preuve, une certaine diplomatie voire de l’opportunisme mais, et aux dires de tous et des inscriptions sur son épitaphe, un dévouement et une opiniâtreté à la tâche jamais prises en défaut dans sa fonction. Il joua probablement la plupart du temps sur une corde raide.
- Jacques VI garde un très mauvais souvenir de groupes protestants. Il est enlevé le 22 aout 1582 et séquestré au château de Ruthven dont il réussira à s’échapper. Il se sentira davantage en sécurité entouré de gens plus modérés ou catholiques au grand dam de la Kirk.
William Schaw était aussi appuyé par la famille Seton, très influente auprès du Roi et catholique, dirigeant le Comté de Dunfermline. Les Seton, en particulier Alexander Seton, étaient des érudits férus d’architecture, de mathématiques et invitèrent Willam Schaw en voyage en France pour y parfaire leurs connaissances en architecture. En plus de la direction de travaux de construction ou de rénovation de divers bâtiments, William Schaw, remplissait également des fonctions d’ambassadeur occasionnel. On sait qu’il participa aux travaux de réfection du palais de Hollyrood[16] et de la résidence de la Reine à Dunfermline.

Il fut également nommé Maitre des cérémonies en 1590[17] et chambellan de ce domaine de Dunfermline en 1593 par la Reine Anne. Ces nouvelles fonctions et nouvelles faveurs de la cour, enrichirent William Schaw qui entra en possession de la baronnie de Sauchie qui revint à sa mort aux collatéraux de la famille ce qui tendrait à prouver qu’il n’eut pas d’héritier.
G. Ses fonctions.
La fin du 16ème siècle en Ecosse fut assez riche sur le plan architectural (du fait des « Lairds » et seigneurs et non de la couronne, en manque d’argent) ou de l’Eglise) et maçonnique. En 1590, fut publié le décret dit « Copland d’Udoch » concernant le Patrick du même nom. Ce fut le premier décret instaurant une responsabilité unique de « Surveillant » du Métier au nom du Roi. Mais cette charge ne fut que régionale sur trois comtés et lui donnait quand même beaucoup de pouvoirs en particulier de justice et de nomination de responsables ainsi que d’une réglementation. Cependant, William Schaw ne voulait pas en rester là et il est probable que ce décret lui donna d’autres idées qu’il tira à son profit par le biais de ses relations royales.
Comme dit plus haut, il devint donc « Maitre des travaux et surveillant général dudit Métier », fonction cumulant les deux titres en remplacement de celle de surveillant régional qui avait fait long feu. Il avait probablement en tête la réorganisation complète du Métier et de l’emploi, cautionné par le pouvoir le plus élevé, celui du Roi, le plus gros fournisseur de travail malgré tout.
H. Les Statuts Schaw
Le 28 décembre 1598, avec « l’approbation des maçons », furent publiés les premiers Statuts et ordonnances devant être observés par tous les Maitres maçons de ce royaume ». Nous ne détaillerons pas ici les différents articles de ces Statuts mais nous bornerons à des commentaires les concernant. Ils sont relatés en Annexe 1 et en Annexe 2.[18]

En premier lieu, 1717 a été définie comme le début de la maçonnerie spéculative par les Anglais. De très nombreux auteurs et historiens sont largement revenus sur cette date qui ne fait que donner une date de début à une future « obédience », ce qui politiquement à l’époque et par la suite arrangea bien l’Angleterre. Si les écossais avaient été plus « communiquant » et plus curieux, ils se seraient probablement penchés plus tôt sur des centaines de documents à leur portée, restés inexploités. Mais on ne refait pas l’histoire et celle-ci, aurait très bien pu être entamée en 1598 !! Nous nous intéresserons donc aux Statuts Schaw, non dans le détail, mais d’une manière introductive à son hypothétique influence sur la maçonnerie spéculative.
· 1. Etat des lieux et environnement politique
Comme nous l’avons vu, Jacques VI était un Roi plutôt « éclairé » et ouvert avec le désir de prendre en main la vie politique du pays avec une douce mais ferme autorité. Et donc, la réorganisation sociale fait partie de ses préoccupations, dont celle du Métier de maçon. Mais cette volonté est-elle une « génération spontanée » ou découle-t-elle d’une réflexion propre, issue ou pas d’un modèle existant ? Au Moyen Age l’Ecosse s’était déjà inspirée de ce qui se faisait sur le continent que l’on a appelé parfois « occidentalisation » ou « européanisation », et Jacques VI suivit probablement ce même chemin : « de tous les exemples choisissons le meilleur » ! On sait que William Schaw, accompagnant Lord Seton, se rendit en France avant 1590, pays où Henri IV dès 1589, à grand renfort de lettres de jussion[19], prit la main sur l’organisation des métiers, en nommant comme il le désirait les Maitres des métiers du moment qu’ils avaient sa confiance. Et en 1595, Henri IV nomma un Maitre des métiers qui réglementa ceux-ci, les actes de cette réforme entrant en application en mai 1598 soit 7 mois avant les premiers Statuts Schaw !! Il y est question de réglementation, d’organisation et de justice interne.
Nul doute que William Schaw s’en ouvrit au Roi qui, probablement donna son aval pour une telle réforme. Par contre et très curieusement, les Statuts ne furent jamais validés par la signature royale ! Ils eurent donc le mérite d’exister mais comment influencèrent-ils le Métier, si toutefois ils l’influencèrent ?
Avant de comprendre et d’interpréter ces Statuts, faisons un petit rappel de la construction, comparativement entre l’Angleterre et l’Ecosse. Oui l’Angleterre, car au travers de publications des Quatuor Coronati, apparut, pour certains, un postulat qui invitait à faire croire à une filiation directe entre la maçonnerie opérative anglaise et la spéculative. Il fallait bien tenter de justifier l’histoire légendaire élaborée par James Anderson et J.T. Désaguliers en 1723. Pour cela, et au siècle de William Schaw voire avant, que nous disait la tradition de la construction dans ces deux pays ?
· 2. Etat des lieux et environnement dans la construction.
Même si de grands monuments en Angleterre sont faits de pierre comme Westminster ou quelques autres, il est bon de savoir que ces pierres étaient importées et en particulier de France, le sol anglais étant plus argileux que rocheux. Tel n’était pas le cas en Ecosse. A cette époque donc, la tradition anglaise était d’avantage une tradition de briquetiers et de poseurs de briques que de tailleurs de pierre. Comme nous l’avons vu plus avant, Henri VIII gela en 1534 tous les biens de l’Eglise et mis sous l’éteignoir les Guildes existantes lors de sa réforme. Cela fut confirmé par le Roi Edouard VI[20]qui dissoudra les Guildes anglaises. Voilà deux bonnes raisons pour penser que la « tradition » des tailleurs de pierre en Angleterre devint absente pour quelques siècles c’est-à-dire jusqu’à la fin du 17ème siècle. La construction en pierre mais toujours aussi en briques, retrouva un nouvel allant avec la reconstruction de Londres après le grand incendie de 1666.
Et tel ne fut pas le cas en Ecosse où, bien au contraire, la royauté encouragea plutôt les « incorporations ». Tout cela pour dire qu’aux 16ème et 17èmes siècles, en Ecosse, il y eut un continuum dans la tradition des Guildes et des Loges chez les tailleurs de pierre.
· 3. Les Statuts.
Les Statuts Schaw parlent de maçonnerie opérative et essayent de lui donner un cadre écrit et légal. Les premiers « Règlements », les Old Charges sont anglais et datent du Moyen Age, époque de la scolastique et de la morale religieuse. Dieu et l’Eglise y sont cités régulièrement. D’autres manuscrits que le Régius et le Cooke vinrent compléter ceux-ci. Leur but était d’organiser la maçonnerie opérative et ils se structuraient de cette façon :
Un hommage ou une prière à la divinité
Une description des arts libéraux
Une histoire mythique du Métier faisant la part belle à Euclide ; notons d’ailleurs que la dénomination de l’art était « art de la géométrie » et non « art de la construction »
Un exposé de Devoirs moraux et professionnels.
Ces Old Charges étaient lus lors des tenues (en particulier lors de réceptions) que ce soit en Angleterre (on en retrouve même les principes dans les Constitutions d’Anderson) ou en Ecosse où ils furent traduits à maintes reprises.
Mais quel intérêt peut-on porter à ces statuts Schaw qui apparurent fin du 16ème siècle et qu’essayaient-ils d’apporter ?
- D’abord l’élaboration de règles pour la profession de maçon opératif s’adressant à des Loges et non plus à des Guildes, règles s’appliquant sur tout le territoire écossais et non plus à une juridiction
- Une organisation des Loges permanentes avec un Surveillant ou Maitre de Loge, des compagnons ou maitres, des apprentis entrés donc un système de progression sûrement bâti sur la transmission du mot du maçon.
- La mise en place d’un « secrétaire » ce qui amena jusqu’à nos jours le 1er compte rendu de travaux maçonniques d’une Loge, rédigé en 1599[21].
- Une volonté de couronner les Loges d’une autorité suprême, le Surveillant général ou Patron du métier.
Les Statuts de 1598 sont bien différents de ceux de 1599. Avec les premiers, naissent ce que l’on pourrait appeler « les Loges Schaw » qui cohabitent avec les Guildes des bourgs. On peut dire cohabiter car certains « notables » figuraient à la fois dans les deux entités. Mais la qualité justement de la Loge Schaw est qu’elle n’était pas adossée à l’autorité d’un bourg et se situait dans une entité géographique hors de la cité, en un lieu propre, souvent en pleine campagne[22]. Quelles sont les différences, si elles existent, entre les deux entités, Guildes et Loges ?
Pour résumer encore une fois notre propos, il suffira de dire :
- que les Guildes gardent une dimension très religieuse avec un Sain Patron, par exemple, et des invocations à Dieu, aux St Jean
- qu’elles sont sous juridiction du bourg ou de la ville,
- qu’elles réglementent l’embauche, vérifient le travail, établissent un statut social du travailleur.
Comme nous l’avons dit pas de Dieu, ni de St Jean dans les Statuts Schaw. La dimension sociale existe également comme dans les Guildes puisque la charité et l’aide aux démunis sont prévues. Les Guildes étaient composées d’électeurs ayant de gros pouvoirs en particulier sur la commande des travaux tandis que les Loges regroupent les gens du Métier mais aussi quelques électeurs, l’employeur y côtoie donc l’employé. Elles étaient dirigées par des Diacres élus par les municipalités le plus souvent et issus de différents métiers. Les Loges Schaw étaient dirigées par un Surveillant élu chaque année mais il y avait souvent chevauchement entre les deux entités, des diacres de guilde faisant aussi partie des Loges. Cependant, malgré des chevauchements évidents, les deux systèmes coexistaient et donc me direz-vous, quel avantage, s’il en existe, aux Loges Schaw ? Le premier est donc le centrage sur un métier. Travaillant en interne, ces Loges ont leur propre juridiction pour régler les conflits et une réglementation intéressant toute l’Ecosse. Enfin une véritable organisation à différents échelons : Loge n°1, n°2 etc.
Les Statuts de 1598 regroupent environ une quinzaine d’articles concernant globalement :
- Les relations entre maîtres maçons et commanditaires du travail,
- Les relations entre maîtres maçons eux-mêmes,
- Les relations avec les apprentis et les cowans[23],
- Les sanctions disciplinaires (que ne contenaient pas les Anciens Devoirs), la sécurité,
- L’organisation de la Loge,
- L’admission comme maître et compagnon,
- L’obligation d’être expert en l’Art de la mémoire, origine de la transmission.
Cette organisation réglemente les Loges opératives, celles des tailleurs de pierre, mais on peut y voir se dessiner ce que sera une organisation future.
- De créer un vrai maillage territorial sur lequel se « souchera » la Grande Loge d’Ecosse
- De mettre en place le Mot du maçon (à partir d’un vrai rituel du même nom[24]), spécificité des Loges par rapport aux Guildes, et ce aux environs de 1630 lors des réceptions ainsi que mots, signes et attouchements
- La communication de ces éléments impliquera des cérémonies secrètes auxquelles viendront se mêler des hommes de la Gentry, friands de ce savoir traditionnel et du récit légendaire[25]
- Enfin le système des Grades. Il est à la fin du 17ème siècle, organisé en 2 grades : Apprenti entré et Compagnon et Maître. Ce système va durer jusqu’en 1738, où est mis en place le système actuel en 3 grades (ou degrés).
- Et pour ce qui nous intéresse, l’entrée permanente de membres « hors Métier » de différents origines et profils[26].
Il est intéressant de noter que dans les seconds statuts Schaw de 1599[27], figure l’obligation pour les maçons de connaitre l’art de la mémoire[28], cet art de la mémoire repris depuis l’Antiquité par Giordano Bruno (1548-1604)[29]et qui inaugure probablement, quelques siècles auparavant, la nécessité du « par cœur » au Rite Standard d’Ecosse. Et autant les premiers Statuts tentèrent d’élaborer un cadre réglementaire dans le système Schaw, autant les seconds, avaient surtout pour but de « rassurer » la Loge de Kilwinning qui revendiquait la plus grande ancienneté d’Ecosse (elle obtint le numéro 0 !).
Alors d’une part la publication des Statuts n’eut pas l’effet escompté sur les Loges opératives de l’époque[30] sur un plan, disons, « rituel », certains aspects perdurant comme la présence du secrétaire ce qui va permettre la transmission de nombreuses minutes des Loges jusqu’à nos jours, d’autre part cette même organisation allait être la trame de ce que seront les futures loges spéculatives ou non-opératives.
· 4. Le contexte historique et philosophique.
Nous sommes à une période charnière entre Moyen Age et Renaissance avec pour mode de pensée une sorte de reniement dudit Moyen Age superstitieux pour se tourner vers le passé plus ancien, plus riche en réflexion intellectuelle et philosophique. On se tournait vers des sujets comme l’astrologie, l’alchimie et la philosophie néo-platonicienne, toutes choses rejetées par l’Eglise médiévale ainsi que les idées de la Rose Croix. Les idées en évolution de l’époque sont assez bien documentées[31] en anthropologie et montrent un réel chemin de la pensée humaine de la magie à la science en passant par la religion où les croyances faisaient partie des hypothèses religieuses et scientifiques de l'époque. On recherchait la connaissance de l’Univers, de la Nature plongée dans le spirituel après purification par la foi. Il s’agissait, in fine, de fusionner avec l’esprit divin. Cette quête tirait plus de la magie que de la science. Le travail de ces « secrets », ne pouvait se communiquer à tous mais seulement à de petits groupes dans l’esprit de sociétés secrètes comme pouvaient sûrement l’être les Loges où l’on gardait secrètement les secrets de la construction. Pythagore, Hermès ou d’autres grands personnages influant de l’Antiquité étaient remis au goût du jour ainsi que la notion de symbolisme non religieux. Il se passa donc une séparation progressive de la science et du religieux appelant donc cet esprit de « Re-naissance » et de liberté de conscience
· 5. Le terreau semblait fertile !
Alors William Schaw a-t-il inauguré la maçonnerie spéculative ? Était-ce le fruit du hasard ? Un concours de circonstances ? Une vérité ou un non-sens historique au sens des Anglais ?
On peut tenter d’énumérer tous les faits, à la lueur de ce qui fut écrit et de ce qui se passa sur les plans sociétaux, religieux ou philosophiques :
1. William Schaw réorganise le Métier pour les opératifs, tailleurs de pierre, mais au-delà, organise les Loges avec :
a. Un maillage territorial indépendant
b. Un Surveillant (ou Maitre) pour chaque Loge
c. Un système en grades (ou degrés)
d. Un secrétaire (souvent un notaire) chargé de colliger tout ce qui se passait en Loge, d’où le grand nombre de minutes de Loges en archives dès la fin du 16ème siècle
e. Un devoir de « savoir » sur le Mot de maçon et l’Art de la mémoire, donc un travail intellectuel
2. Un chamboulement chez les penseurs érudits de l’époque avec un questionnement à la fois physique et métaphysique sur la base de redécouverte de l’Ancien Temps : l’Humanisme
3. Un lieu, l’Ecosse, qui même en présence de la Kirk mais sous l’influence d’un Roi, curieux et érudit, permettait de recevoir un héritage direct des Loges de Métier il y (soutenues par le pouvoir et non éradiquées comme en Angleterre sous Edouard VI vers les années 1550) et de laisser se développer des idées de « Renaissance », Jacques VI en étant lui-même friand.
4. Le simple maçon de Métier tout comme l’alchimiste ou le philosophe étaient réunis autour du symbolisme et cela toujours en Ecosse. Ce symbolisme sur l’équerre, par exemple, avait été déjà décrit en Allemagne pour le 16ème et le 17ème siècle dans l’exercice du Métier[32]où il est question d’emblèmes en peinture, sculpture, architecture et autres. Même si le cursus culturel de l’un et de l’autre n’était pas au même niveau, artisans et intellectuels se rejoignaient. L’Egypte, au travers des hiéroglyphes, représentait le sens même de ce qui était « caché », non révélé, nécessitant un travail intellectuel et réflexif incessant.
5. Il est étonnant de constater que dans le même temps en Europe se répand un mode de pensée hermétique, ésotérique et une organisation de Loges partageant des secrets et des signes. Le nom d’Hermès apparait également dans le Cooke, nous signifiant que la notion d’hermétisme était présente depuis fort longtemps, préservant les secrets.
La Réforme écossaise joua son rôle de censure pour la grande majorité des confréries du bâtiment. Elle mit à bas tout le système rituel, souvent ancré sur la foi catholique, ne laissant autorisé, que le système dit « mutualiste » concernant obsèques et secours réciproque. Très curieusement ne subsista que les organisations propres à la maçonnerie de Métier, sûrement déjà détenteurs de secrets et rites propres, dont les membres étaient adeptes de pratiques rituéliques. Ils détenaient probablement déjà des systèmes de reconnaissance et une histoire mythologique riche comme en attestent les Anciens Devoirs, confortés par le mouvement Renaissance tourné, pour eux, vers le concept vitruvien[33] de l’architecture et les références à l’Egypte ancienne. L’organisation en Loges fixes, reliées entre elles sur le territoire et indépendantes des pouvoirs civils, mise au point par William Schaw, permit de mettre en place ou de conforter des rituels existants, même s’il n’y a aucune preuve de l’implication directe ou indirecte de celui-ci dans les rituels, pour lesquels la Réforme avait provoqué un vide.

Il n’y avait rien de subversif dans ce mouvement autour des Loges sachant que William Schaw était toujours catholique dans l’âme alors que par nécessité ou obligation les membres des Loges étaient en immense majorité, protestants. D’ailleurs les Statuts ne comportent pas d’allusion à la religion ou à Dieu, contrairement au Régius et au Cooke par exemple. L’activité de ces Loges « Schaw » étaient donc admises par l’Eglise écossaise de l’époque tant qu’il n’y avait rien de spécifiquement religieux ni dans les Statuts, ni probablement dans les rituels, ni au travers de prières, et du moment que la tradition chrétienne était respectée au travers d’une confrérie.
· 6. L’héritage de Schaw.
Les Loges tailleurs de pierre, même pour celles qui adoptèrent le système Schaw, n’acceptèrent jamais de dire qu’elles étaient des créations récentes et revendiquaient pour la plupart une existence beaucoup plus ancienne, fait qui est attesté, pour quelques-unes, par des documents d’archive. Il fallut estomper certaines susceptibilités pour lister un ordre chronologique incertain. Par contre ce qui est évident c’est que la nécessité d’avoir un secrétaire relatant la vie des Loges, permit déjà d’une part d’attester formellement l’existence de ces Loges et d’autre part de relater une partie de ce qui s’y faisait et cela pour les années suivant la parution des Statuts, soit entre 1599 et 1601. Chaque Loge fit finalement comme elle l’entendait.
Autant Edimbourg (Mary’s Chapel), Aitchison’s Haven ou plus tard Kilwinning produisirent des procès-verbaux réguliers et cela dès le début des Statuts Schaw, autant d’autres procès-verbaux apparurent dans la deuxième moitié du 17ème siècle, attestant soit de leur existence, soit de leur création. Ces minutes des Loges relataient de manière irrégulière le registre des présents, une entrée, un passage de compagnon, des mesures concernant le Métier mais jamais le cœur de la tenue avec rituel s’il existait, ou un quelconque ésotérisme. Le système mis en place par William Schaw ne reçut pas l’accueil unanime qu’il espérait probablement ce qu’il ne vit pas puisqu’il mourut en 1602. Les Corporations existaient en même temps que les Loges et leurs rapports étaient bien différents d’un lieu à l’autre. Soit il y avait des connexions entre les deux entités, soit elles vivaient indépendamment l’une de l’autre.
La composition des Loges était très disparate d’autant que la liste des présents n’était pas toujours établie ou était incomplète. Il y avait de nombreux homonymes et leurs qualités ou professions n’étaient pas toujours détaillées. Dans ces Loges étaient présents certes des tailleurs de pierre, des lairds ou notables mais aussi des non-opératifs ni notables, ni maçons. Une petite remarque : cette maçonnerie écossaise représentait un vrai mélange social de différentes couches de la société, telle la maçonnerie d’aujourd’hui partagée par tous sans distinction, contrairement à celle d’Angleterre fondée pas des « lairds » et pour des « lairds ».
· 7. L’arrivée des non opératifs et/ou spéculatifs.
Cette arrivée de personnes qui n’étaient pas du Métier fut très disparate d’une Loge à l’autre, tantôt rapidement et en grand nombre, tantôt au goutte à goutte, de manière régulière ou éphémère.
Les tailleurs de pierre y virent deux aspects bien distincts : la fierté d’accueillir ces entrants de condition élevée venus partager avec eux, ou la méfiance à l’égard de ces derniers. Elle fut très probablement le début d’une maçonnerie opérativo-spéculative, un lieu et une période transition entre ces deux aspects. On peut y trouver tous les cas de figure :
- Des entrées massives et rapides, envahissantes, provoquant parfois le départ des maçons allant recréer plus loin une Loge opérative, la Loge initiale devenant de fait uniquement spéculative.
- Des entrées plus rares, maintenant le statu quo dans la direction et l’esprit de la Loge.
- Des créations de Loges par des non-opératifs
- Des prises de pouvoir par ces mêmes non-opératifs avant un retour aux opératifs, etc.
N’oublions pas que William Schaw lui-même n’était pas tailleur de pierre, faisant partie de la Gentry, et que l’on ne connait pas, pour lui de Loge d’appartenance. Ne doutons pas qu’il fut considéré comme « initié » et qu’on le retrouve présent dans certaines minutes de Loge, en atteste sa signature.
On retrouve également la présence en 1600, d’un homme de la Gentry, Sir John Boswell de Auchinleck[34]en présence de William Schaw qui n’aurait rien eut à y faire s’il ne fut pas initié. De plus n’oublions pas que les offices de secrétaire étaient souvent tenus par des notaires qui à n’en pas douter, n’auraient pas pu, retranscrire le contenu des tenues sans connaitre eux-mêmes les secrets.
Mais plus intéressantes sont les minutes de Mary’s Chapel de 1634, qui vit sous l’impulsion de Johne Mylne[35], l’entrée dans cette Loge d’Anthony Alexander, de son frère et d’un troisième homme.[36] Cela est attesté par les signatures et une marque de maçon d’Anthony Alexander donc un initié. Ceci est aussi accrédité par la pierre tombale de la famille Mylne, les décrivant comme maçons. C’est aussi dans cette Loge d’Edimbourg, que fut initié Robert Moray accompagné d’Alexander Hamilton[37], généraux convenantaires, en 1641.

A l’issue de ces réceptions d’apprentis entrés et de compagnons[38]d’un genre nouveau, une quantité significative de spéculatifs fut initiée jusque dans les années 1670 avec notamment des personnages très influents politiquement et socialement.[39]
Pour résumer, car n’est pas notre propos que de répertorier ce qu’il advint pour chacune des Loges existant avant 1710 et nous nous appuierons sur les recherches de David Stevenson, recherches portant sur les comptes-rendus des Loges qu’il a pu consulter et référencer. Que ce soit pour Kilwinning, Scone, Perth, Dundee, Dunfermline, Melrose, Aberdeen, Dumfries, Hamilton, Dunblane, Kelso, Haughfoot (ces trois dernières créées par des non-opératifs), Canongate Kilwinning, Canongate Leigh, Kilmolymock et Stirling, leurs créations, les trajectoires, leurs compositions furent toutes différentes quant à l’entrée de non-opératifs (non maçons ou notables).
CONCLUSION
Quelle place faut-il donner à William Schaw dans la maçonnerie moderne si elle en a une ? En réexaminant les éléments fournis, on peut quand même avancer, tout ceci étant documenté :
- La singularité de William Schaw, les zones d’ombre dans sa vie, relativement peu documentée en font un personnage assez mystérieux mais ayant laissé un héritage concret et documenté par ses Statuts,
- Que la maçonnerie opérative écossaise était florissante et très présente, contrairement à la maçonnerie anglaise, mise dans l’oubli par la royauté,
- Que ses Statuts arrivent à point nommé, dans un contexte politique, religieux et social compliqué, non signés par le Roi mais « acceptés » par la Kirk,
- Que l’esprit de la Renaissance, arrivant du continent, permit l’éclosion d’un courant de pensée et de recherche dans une partie élevée de la société écossaise, esprit présent dans les Statuts par la présence de l’Art de la Mémoire, héritée de l’Antiquité grecque et romaine,
- La présence de nombreux non-opératifs dans les Loges de maçons écossais et la création de Loges à modèle opératif dans la structure et le fonctionnement par des non-opératifs.
Alors oui William Schaw a joué un rôle volontaire ou non, dans la naissance de cette maçonnerie qu’on appellera maintenant la maçonnerie spéculative, en étant là au bon moment et au bon endroit. Curieusement la maçonnerie opérative écossaise n’appliqua pas forcément les Règles des Statuts pour qui ils étaient élaborés pas plus que des deux Chartes Sinclair, mais ces Statuts, en tous cas dans l’organisation et le fonctionnement, serviront de base à la construction de la maçonnerie spéculative. Le mouvement créé, ne s’arrêta pas là et devint ce phénomène mondial que nous connaissons. Alors suffit-il de quatre Loges spéculatives pour « créer » la maçonnerie moderne ?
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TABLE DES ILLUSTRATIONS.
- Page 1 : Portrait de William Schaw
- Page 4 : Portrait de John Knox
- Page 5 : Carte ancienne du territoire écossais
- Page 6 : Charte de sceau de la ville d’Edimbourg
- Page 8 : Copie du Régius.
- Page 8 : Robert III
- Page 9 : James VI
- Page 10 : Palais de Hollyrood à Edimbourg.
- Page 12 : Extrait des Statuts de 1598 et signature de William Schaw
- Page 17 : L’homme de Vitruve.
- Page 19 : Marque de maçon de Robert Moray.
BIBLIOGRAPHIE.
- Ars Quatuor Coronatorum publications, de 1886 à 2017 par les membres de AQC[40].
- David Stenvenson, Les origines de la Franc-Maçonnerie, le siècle écossais 1590-1710. Ed Télètes, Paris, 1993
- David Stevenson, Les premiers francs-maçons. Les Loges écossaises originelles et leurs membres. Ed Ivoire clair, 2000
- Harashim, Magazine of Australian and New Zealand Masonic Research Council, n°85. 2019
- Henkel et Schöne, Emblemata, Manuel d’art emblématique du 16ème et 17ème siècle. Ed Metzler. 2013
- Kipling Rudyard, Travaux de la Loge de Recherche Rudyard Kipling. Déc 2006.
- Knoop D., Jones G.P., Hamer D., Carr H., Early Massonic Catechisms. Ed Quatuor Coronati Lodge 2076. London. 1969.
- Peter Kebbell, The changing face of English freemasonry, 1640-1740. A thesis submitted to the University of Bristol in accordance with the requirements for award of degree of PhD in the Faculty of Arts. University of Bristol. 2009.
- Saunders James W. AQC n°50, 1937, p220
- Scott J. Watson on MasonicScotland : William Schaw, father of Freemasonry, https://masonicscotland.substack.com/p/william-schaw-father-of-freemasonry
- Stephen Jackson, Scottish Massonic Furniture. A thesis for the degree of MPhil. University of St Andrews (Scotland). 1996.
- Thomas Keith, Religion and the decline of magic. Scribner, New York. 1971
- Trébuchet Louis, de l’Ecosse à l’écossisme, Tome 1 Vol 1. Edit à Collection fondations. 2012
- Trochet Jean René, l’Europe avant l’état, Chapitre VII, p 185-210. Edit Presses Universitaires de Rennes. 2022
SOMMAIRE.
P1. Résumé
P2. Introduction
P3. Recherche
A. Un peu d’histoire
B. Le contexte politique écossais de l’époque
C. L’état du métier en Ecosse
D. Le système existant avant Schaw
E. Les Old Charges
F. William Schaw : le personnage
G. Ses fonctions
H. Les Statuts Schaw
1 Etat des lieux et environnement politique
2 Etat des lieux et environnement dans la construction
3 Les Statuts
4 Le contexte historique et philosophique
5 Le terreau semblait fertile !
6 L’héritage Schaw
7.L’arrivée des non-opératifs et/ou spéculatifs.
P21. Conclusion
P22. Table des illustrations
P23. Bibliographie
ANNEXE 1. Statut de 1598. (27 décembre 1598)
« Les Statuts et ordonnances devant être observés par tous les maîtres maçons dans le Royaume, établis par William Schaw, Maître des Travaux de sa Majesté et Surveillant Général dudit métier, avec le consentement des maîtres soussignés. »
* premièrement qu’ils observent et respectent toutes les bonnes ordonnances précédemment établies par leurs prédécesseurs de bonne réputation concernant les privilèges de leur métier, et spécialement qu’ils soient loyaux les uns envers les autres, et vivent charitablement ensemble comme il convient à des frères assermentés et compagnons de métiers.
* qu’ils obéissent à leurs surveillants, diacres et maîtres en toutes chose concernant le métier.
* qu’ils soient honnêtes, sincères et diligents dans leurs entretiens et droits dans leurs accords avec le maître ou le propriétaire dont ils accepteront le travail, que ce soit à la tâche, en nature, ou contre salaire hebdomadaire.
* qu’ils ne prennent pas de travail, petit ou grand, qu’ils ne soient capables de mener à bonne fin, sous peine de quarante livres monnaie, ou du quart de la valeur de l’ouvrage entrepris, à titre d’amende, et satisfaction donnée au propriétaire du travail, au choix et à la discrétion du Surveillant Général, ou en son absence au choix des surveillants, diacres et maîtres du comté où ledit travail est entrepris et réalisé.
* qu’aucun maître ne prenne le travail d’un autre par-dessus sa tête, après que celui-ci ait convenu d’un travail, que ce soit par contrat, par acompte ou verbalement, sous peine d’amende de quarante livres.
* qu’aucun maître ne reprenne le travail qu’un autre maître a commencé, avant que le premier ne soit satisfait du travail qu’il a réalisé, sous la même peine.
* qu’un surveillant soit choisi et élu chaque année pour être en charge de chaque loge, telles qu’elles sont particulièrement définies, et que ce soit par le vote des maîtres desdites loges, et l’accord du Surveillant Général s’il a le bonheur d’être présent, ou autrement qu’il soit informé de l’élection de chaque surveillant chaque année, afin que le Surveillant Général puisse envoyer des instructions au surveillant élu, si nécessaire.
* qu’aucun maître ne prenne plus de trois apprentis au cours de sa vie, sans un accord spécial des surveillants, diacres et maîtres du comté où l’apprenti habite et réside.
* qu’aucun maître ne reçoive d’apprenti pour un engagement de moins de sept ans, et de même il ne sera pas légal de faire cet apprenti frère et compagnon de métier avant le moment où il aura servi l’espace de sept autres années après l’issue dudit apprentissage, sans une autorisation spéciale accordée par les surveillants, diacres et maîtres assemblés pour cette raison, et qu’un contrôle suffisant ait été effectué sur la qualité, la qualification et l’habileté de la personne qui désire être faite compagnon de métier, et cela sous peine d’une amende de quarante livres prélevée à titre de pénalité pour notre ordre, en sus de la pénalité établie par la loge à laquelle appartient cette personne.
* qu’aucun maître ne soit autorisé à revendre son apprenti à un autre maître, ni à le dispenser d’années d’apprentissage en lui vendant ces années, sous une peine de quarante livres.
* qu’aucun maître ne reçoive aucun apprenti sans le signifier au surveillant de la loge où il habite, de façon que le nom dudit apprenti et sa date d’engagement soient inscrits correctement dans le livre.
* qu’aucun apprenti ne soit entré sans que le jour de son entrée ne soit inscrit dans le livre.
* qu’aucun maître ou compagnon de métier ne soit reçu ou admis sans la présence de six maîtres et deux apprentis entrés, le surveillant de la loge étant un desdits six, et sans que le jour de la réception dudit compagnon de métier ou maître ne soit régulièrement enregistré, son nom et sa marque insérés dans ledit livre avec les noms des six examinateurs et des deux apprentis entrés, les noms des parrains qui seront choisis pour chaque personne devant être aussi insérés dans le livre. A condition toujours que nul ne soit admis sans un chef-d’œuvre et un contrôle suffisant de son habileté et de sa valeur dans sa vocation et son métier.
* qu’aucun maître n’accepte un travail de maçon sous la responsabilité ou le commandement de quelque autre artisan qui aurait pris directement ou indirectement un travail de maçon.
* qu’aucun maçon ou compagnon de métier ne reçoive un cowan pour travailler dans sa société ou compagnie, ni n’envoie aucun de ses servants travailler avec des cowans, sous la peine de vingt livres par personne contrevenante.
* qu’il ne soit pas possible pour un apprenti entré d’accepter une tâche, ou de travailler pour un propriétaire, pour une somme excédant dix livres, sous la peine susdite de vingt livres, et ce travail étant fait il ne pourra plus comprendre sans autorisation des maîtres ou du surveillant où il réside.
* si une question, dispute ou divergence intervient parmi les maîtres, les servants, ou les apprentis entrés, les parties qui tomberont en question ou en débat signifieront les causes de leur querelle au surveillant ou au diacre de cette loge particulière avant vingt-quatre heures sous une peine de dix livres, de façon qu’ils puissent être accordés et réconciliés, et leurs divergences supprimées par leur dit surveillant ou diacre, ou maître ; si une des parties devait rester exigeante et obstinée qu’elle soit privée du privilège de sa loge et interdite de travail jusqu’au moment où elle acceptera de soumettre sa volonté à la raison exprimée par les surveillant, diacre et maître.
* que tout maître, entrepreneur de travaux, fasse très attention à ce que ses échafaudages et passerelles soient surement placés et fixés, de façon à éviter que par sa négligence et son incurie il n’inflige de dommages ou de blessures à ceux qui travaillent sur ce chantier, sous peine d’être interdit de toute responsabilité de Maître ayant en charge un travail, et d’avoir à travailler toute sa vie sous les ordres d’un maître, ou avec un maître principal ayant charge du chantier.
* aucun maître ne recevra ou ne rétablira l’apprenti ou le servant d’un autre maître qui aurait fui le service de son maître, ni ne le gardera en sa compagnie après avoir appris les faits ci-dessus, sous peine de quarante livres.
* que toute personne du métier de maçon se rassemble en lieu et place légalement convenus, sous peine de dix livres.
* que tous les maîtres qui pourraient être convoqués pour une assemblée ou un rassemblement jurent de leur grand serment de ne cacher ou celer ni faute ni méfait accomplis les uns contre les autres, ni les fautes ou méfaits que quiconque aurait accomplis à l’encontre d’un propriétaire de travaux, pour autant qu’ils en aient connaissance, et cela sous la peine de dix livres à prélever sur tous ceux qui auraient caché lesdites fautes.
* il est ordonné que toutes les pénalités ci-dessus soient prises sur les offenseurs ou transgresseurs de ces ordonnances par les surveillants, diacres et maîtres de loges de leur lieu de résidence, et distribuées ad pios usus en bonne conscience selon l’avis des susdits.
Et pour remplir et observer ces ordonnances, ainsi définies, tous les maîtres rassemblés ce jour s’engagent et s’obligent ici en toute conscience, et demandent donc que ledit Surveillant Général signe les présentes de sa propre main, afin qu’une copie authentique puisse être envoyée à chaque loge particulière du Royaume.
ANNEXE 2. Statut de 1599. (28 décembre 1599)
Premièrement, il est ordonné que le surveillant dans les frontières de Kilwinning et des autres lieux assujettis de cette loge, sera choisi et élu chaque année au moyen des votes des maîtres de ladite loge, le vingtième jour de Décembre, et ceci dans l’église de Kilwinning en tant que chef et seconde loge d’Ecosse, et que le Surveillant Général sera informé chaque année du résultat, immédiatement après cette élection.
* il est jugé utile et expédient par Monseigneur le Surveillant Général que chaque loge d’Ecosse bénéficie pour les temps à venir des vieilles et anciennes libertés dont elles ont bénéficié dans le passé ; et spécialement que la loge de Kilwinning, seconde loge d’Ecosse, ait son surveillant présent à l’élection des surveillants des loges dans les limites du NetherWard de Cliddisdale, Glasgow, Ayr, et les limites de Carrick ; avec pouvoir pour ledit surveillant et le diacre de Kilwinning de rassembler les surveillants et les diacres dans les limites susdites quand ils auront quelque chose d’important à traiter, en temps et en lieu jugés utiles par le surveillant et le diacre de Kilwinning, soit à Kilwinning, soit ailleurs dans l’ouest de l’Ecosse et dans les limites ci-dessus.
* il est jugé utile et expédient par Monseigneur le Surveillant Général qu’Edimbourg soit pour les temps à venir, comme par le passé, la première et principale loge en Ecosse ; et que Kilwinning soit la seconde, comme il était notoirement manifeste par le passé dans nos vieux et anciens écrits ; et que Stirling soit la troisième loge, conformément aux anciens privilèges.
* il est jugé expédient que les surveillants de chaque loge particulière soient responsables devant les presbytères de leur comté des maçons de la loge pour toute offense qu’ils puissent commettre ; et un tiers des amendes sera consacré à l’usage divin de la loge là où des offenses auront été commises.
* qu’il y ait un jugement annuel par les surveillants et les plus anciens maîtres de la loge, au nombre de six, afin de juger des offenses, les punitions devant être exécutées conformément à l’équité, la justice, la bonne conscience et les usages de l’ordre ancien.
* il est ordonné par Monseigneur le Surveillant Général que le surveillant de Kilwinning, second en Ecosse, élise et choisisse six des plus parfaits et capables de mémoire dans les territoires susdits, pour juger de la qualification de tous les maçons dans les limites susdites, en art, métier, science et ancienne mémoire, afin que le surveillant et le diacre puissent répondre ensuite de ces personnes, comme il le lui est demandé dans ses limites et sa juridiction.
* commission est donnée au surveillant et au diacre de Kilwinning, en tant que seconde loge, de séparer et rejeter de leur société et compagnie toute personne refusant d’obéir et d’observer toutes les décisions et anciens statuts établis de bonne mémoire ; ainsi que toute personne désobéissante à l’église, au métier, aux décisions et autres statuts pouvant être adoptés pour le bon ordre.
* il est ordonné par le Surveillant Général, que le surveillant et le diacre, en présence des maîtres, élisent, choisissent et constituent un notaire réputé comme clerc ordinaire et scribe ; et que ledit notaire choisi occupe son office, et que les inscriptions de métier et autres écritures, quelles qu’elles soient, soient rédigées uniquement par le clerc, et qu’aucune sorte d’écrit, que ce soit de titre ou d’autres évidences, ne soit admis par le surveillant et le diacre s’ils ne sont faits par ledit clerc et signés de sa main.
* il est ordonné par Monseigneur le Surveillant Général que tous les vieux et anciens actes et statuts faits dans le passé par les prédécesseurs des maçons de Kilwinning soient observés fidèlement et conservés par le métier pour les temps à venir ; et qu’aucun apprenti ni homme de métier, dans les temps à venir, ne soit reçu ni entré sinon dans l’église de Kilwinning, sa paroisse et seconde loge, et que tous les banquets pour l’entrée d’apprentis ou des compagnons de métier aient lieu dans ladite loge de Kilwinning.
* il est ordonné que tout compagnon de métier à son entrée paie pour le banquet, au livre commun, la somme de dix livres monnaie, avec des gants d’une valeur de dix shillings, sinon il ne sera pas admis ; et qu’il ne soit pas admis sans un essai suffisant et une preuve de mémoire et de l’art du métier, par le surveillant, le diacre et les maîtres ; ils pourront ainsi être plus responsables devant le Surveillant Général.
* qu’un apprenti ne sera pas admis qu’il n’ait payé pour le banquet commun susdit la somme de six livres monnaie ; ou alors qu’il n’ait payé la totalité du banquet pour les compagnons de métier et les apprentis de la loge.
* il est ordonné que le surveillant et les diacres de la seconde loge d’Ecosse, à présent Kilwinning, feront prêter serment de fidélité et de loyauté aux maîtres et compagnons de métier dans les limites confiées à leur charge, chaque année, qu’ils n’accompagneront pas de cowans ni ne travailleront avec eux, ainsi qu’aucun de leurs servants ou apprentis, sous peine de la pénalité prévue dans les précédents actes.
* il est ordonné par le Surveillant Général que la loge de Kilwinning, étant la seconde loge d’Ecosse, jugera de l’art de la mémoire et de la science de chaque compagnon de métier et de chaque apprenti conformément à leur vocation ; au cas où ils auraient manqué sur un point, chacun d’entre eux devra payer pour son incompétence, chaque compagnon de métier XXs, chaque apprenti XIs, à payer chaque année pour la boîte des décisions communes, conformément à l’usage commun et à la pratique des loges du Royaume.
Et pour le respect, l’observation et le maintien de ces statuts, et de tous les actes et statuts datant du passé, ainsi que pour ceux qui seront décidés par les surveillants, diacres et maîtres de la susdite loge, pour conserver le bon ordre, conformément à l’équité, la justice et l’ancien ordre, pour les décider et les installer, le Surveillant Général a donné pouvoir et commission audit surveillant et aux autres susdits, de décider et d’acter conformément à leur office et à la loi. Et en signe de tout ce qui a été décidé ici, moi, le Surveillant Général d’Ecosse, j’ai mis en place et fait écrire leurs actes et statuts, et j’ai signé les mêmes de ma main après témoignage.
Qu’il plaise au surveillant, au diacre et aux maîtres de la loge de Kilwinning, que Archibald Barclay, ayant été désigné commissaire pour cette loge, a comparu à Edimbourg, les 27 et 28 Décembre, où ledit Archibald, en présence du Surveillant Général et des maîtres de la loge d’Edimbourg, produisit sa commission et se conduisit très honnêtement et soigneusement pour accomplir les missions dont il était chargé ; mais en raison de l’absence de sa Majesté hors de la ville, et de ce qu’il n’y avait à ce moment pas d’autres maîtres rassemblés que ceux de la loge d’Edimbourg, nous n’avons pu établir à ce moment les documents que les privilèges du métier requiert ; mais plus tard, quand l’occasion se présentera, nous obtiendrons le sceau de sa majesté, à la fois pour autoriser les privilèges de la loge, et la pénalité définie pour toute personne désobéissante et perturbatrice du bon ordre. Pour l’instant il me semble bon de le signifier tout de même à tous les frères de la loge, en attendant la prochaine possibilité : en foi de quoi j’ai signé les présentes de ma propre main, à Holyroodhouse, le vingt-huitième jour de décembre, l’année de Dieu Mil cinq cent quatre-vingt-dix-neuf.
ANNEXE 3. Epitaphe de la tombe de William Schaw à Dunfermline par la Reine Anne.
« Au Dieu Très Saint et Très Haut. Sous cette pierre gît un homme illustre pour sa rare expérience, son admirable rectitude, son incomparable intégrité de vie, William Schaw, Maitre des Travaux du Roi, Directeur des cérémonies du sacre et Chambellan de la Reine. Il est mort le 18 avril 1602, ayant séjourné parmi les hommes pendant cinquante-deux ans. Dans son enthousiasme à améliorer son intelligence, il voyagea en France et dans de nombreux royaumes. Accompli dans tous les Arts libéraux, il excellait en architecture. Les Princes l’admiraient particulièrement pour l’évidence de ses dons. Dans sa vie professionnelle comme dans ses affaires, il était non seulement infatigable et indomptable mais aussi consciencieux et droit. Sa capacité innée à servir et à placer chacun face à son devoir lui ont valu la chaleureuse affection de tous les hommes de bien qui l’ont connu. Maintenant qu’il repose au ciel pour toujours. La Reine a commandé qu’un monument soit érigé à la mémoire de cet homme admirable et droit pour que le souvenir de ce grand personnage qui mérite d’être honoré ne fane pas tandis que son corps devient poussière. »
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[1] David Stevenson est professeur au département d’Histoire écossaise de l’université de Saint Andrews. Il est auteur de nombreuses publications et n’est pas franc-maçon. Il fut invité en 1994, à expliquer le résultat de ses recherches devant la Loge de Recherche de la Grande Unie d’Angleterre, Quatuor Coronati. L’accueil y fut glacial et hostile. Le compte rendu de cette intervention est disponible en anglais sur le site : https://www.1723constitutions.com/wp-content/uploads/2022/12/AQC-107-1994-Stevenson.pdf
[2] Voir pour s’en rendre compte l’intervention susnommée.
[3] En fait du Royaume du Dal Riata qui comprenait la partie ouest de l’Ecosse, en particulier les iles et l’extrême nord-ouest de l’Irlande. Une majeure partie fit place à la Seigneurie des iles par la suite.
[4] Partie sud de l’Ecosse, avec une frontière sud avec l’Angleterre.
[5] Partie Nord de l’Ecosse séparée des Lowlands par la rivière Tay, lieu où s’arrêta l’envahisseur Romain.
[6] Stuart est l’écriture francisée, Steward étant l’écriture anglaise.
[7] Guilde
[8] Cf illustration du sceau des causes d’Edimbourg
[9] Le terme maçon était à rattacher à tailleur de pierre.
[10] Le Régius et le Cooke pour les premiers et plus connus, les Old Charges. (O.C.)
[11] Ou Old Charges
[12] Quattro Coronati : les quatre tailleurs de pierre, martyrisés par Dioclétien, en 306, et qui devinrent les Saints patrons des tailleurs de pierre.
[13] Voire son épitaphe en Annexe 3.
[14] Nom de l’église écossaise protestante presbytérienne.
[15] Maister of the wark, Master of the work.
[16] Abbaye du 12ème siècle à Edimbourg, qui devint palais royal par la suite.
[17] A l’occasion du sacre de la Reine Anne. On retrouve à cette cérémonie la présence de Lord William Sinclair of Roslyn.
[18] Les traductions des Statuts 1 et 2 sont celles du livre de L.Trébuchet. De nombreuses autres traductions sont disponibles sur différents sites et ouvrages.
[19] « Ancêtre de notre article 49-3 ! », lettre permettant au Roi de passer outre les décisions d’assemblées diverses.
[20] Par la Régence et son entourage, Edourd VI mourant avant sa majorité.
[21] Loge d’Aitchison’s Haven 9 janvier 1599
[22] « Là où n’entend ni un chien aboyer, ni un coq chanter » !!!
[23] Le « cowan » désignait un ouvrier non qualifié qui n’érigeait que des murs en pierre sèche.
[24] Première référence écrite dans Ms Edimbourg 1696, issu probablement d’un manuscrit plus ancien.
[25] Le plus célèbre fut sûrement Robert Moray
[26] Présences attestées dans tous les procès-verbaux des anciennes loges comme Mary’s Chapel, Kilwinning, Aberdeen (loge du père de J Anderson) etc.
[27] Statuts Schaw.1599. Articles 6,10 et 13
[28] L’Art de la mémoire. Frances A. Yates. Collection bibliothèque des Histoires. Gallimard. 1987
[29] Italien, Dominicain, philosophe, esprit libre, s’élève contre tous les dogmatismes religieux de son époque. Sa sensibilité est hermétiste, considérant celui-ci comme LA religion. Adepte de la mnémotechnie ou Art de la Mémoire. Meurt brûlé vif sur ordre de la papauté.
[30] On ne trouve pas énormément de comptes-rendus de Loges où sont récités les Statuts comme pouvaient l’être les Old Charges.
[31] K Thomas (voire bibliographie)
[32] Emblemata, Manuel d’art emblématique du 16ème et 17ème siècle. Henkel et Schöne. Ed Metzler. 2013
[33] Vitruve, architecte romain du 1er siècle avant J.C., auteur de De Architectura, prônant le reflet de la nature dans l’architecture basée sur 3 principes ; solidité, beauté et utilité.
[34] Dans le P.V. de la Loge d’Edimbourg, In D Stevenson.
[35] Successeur de William Schaw à la Charge de Maitre des travaux du Roi
[36] Dans la parution d’A.Q.C. de 1962 sur les premières minutes de la Loge d’Edimbourg. https://www.quatuorcoronati.com/wp-content/uploads/2025/09/QCA_VOL-13-compressed.pdf
[37] De « convenant » ou engagement, du mouvement du même nom se référant à l’engagement pris envers la voie de la Réforme.
[38] Les deux grades donnés en même temps attestent souvent du caractère non-opératif de ces nouveaux membres, ceux-ci, de par leur statut, avaient entre autres ce privilège.
[39] A noter que c’est à Mary’s Chapel que Jean Théophile Désaguliers, lors d’une visite en 1721, fut initié ainsi que le maire du bourg.
[40] AQC : Ars Quattro (ou Quatuor) Coronatorum (ou Coronati.)
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