• ITER

Vous avez dit « amitié fraternelle » ?


Qui d’ordinaire est plus lié (ou doit l’être) que des gens qui habitent sous le même toit [disons le même cercle d’amitié, qui plus est, prétendue fraternelle] ? Et qui pourtant peut être tranquille sur ce point, quand si souvent de si terribles malheurs naquirent de pièges qui se cachaient là ; malheurs d’autant plus amers que la paix était plus douce et qu’on la croyait vraie tandis qu’elle n’était que fiction et perfidie ?

Aussi ces mots de Cicéron atteignent-t-il tous les cœurs jusqu’à les faire gémir : « Pas de piège mieux caché que ce qui se dissimule sur le couvert de bons offices ou sous le nom de quelques liens d’amitié. L’ennemi déclaré, on peut en effet l’éviter facilement en y prenant garde, mais ce mal caché, intérieur, domestique, non seulement il existe bien, mais il t’accable avant que tu aies pu le voir et l’évaluer[1]. » De là aussi entend-t-on cette parole divine : « Les ennemis de l’homme sont les gens de sa maison[2] », et avec une grande douleur au cœur : les complots que prépare une feinte amitié, dû-t-on avoir en effet assez de courage pour les supporter l’âme égale, ou assez de vigilance pour les prévoir et s’en défier, inévitablement, si l’on est soi-même homme de bien, on souffre cruellement de la malignité de leurs auteurs quand on a découvert par l'expérience combien ils étaient pervers, qu'ils l’aient toujours été sous les dehors de la bienveillance, ou que cette bienveillance se soit changée en méchanceté.

In Saint-Augustin, La Cité de Dieu, Ch. XIX, VI. La Pléiade.



[1] Cicéron Contre Verrès, II, 1, 15 [2] Mt 10, 36.

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