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Le Mythe de Jason


Jason se présente au roi Pélias,

fresque de la maison de Jason à Pompéi, Ier siècle,

Musée archéologique de Naples


Le TCF Gérard L. a écrit :


Quid de Dieu... C'est un Mythe ? La mythologie est l'écume de la connaissance qui bout dans le crâne de nos penseurs. Il y a deux mille ans, la rupture annoncée par le cri : "Le Grand Pan est mort", (l’antique Dieu universel de la Nature) toutes les représentations, ne se construisent qu'avec les débris des dieux perdus. Et chaque religion n'est peut-être qu'un morceau du miroir brisé d'Aphrodite.



Le miroir est partout l'attribut de la divinité car il reflète le Soleil qui est Vie, Feu, radiation, non pas le simple soleil de notre ciel, mais le Soleil de tous les soleils, le "Soleil Initiatique"

Les mythes racontent en un sens toujours la même histoire : celle de la genèse, qui enveloppe des Puissances et leur inévitable guerre, puisqu’il s’agit d’expliquer pourquoi et comment l’état présent du monde manifeste, au sein même d’un ordre, des contradictions et des ambivalences qui, sans doute, viennent de loin, remontent à un espace-temps disparu où les premières générations d’hommes pouvaient frayer avec des êtres antérieurs et/ou supérieurs à la race humaine.

Négliger les mythes revient à choisir le chemin de l’ignorance.



Même pour des sociétés réputées sans histoire, le mythe a des accointances avec la violence. Pourquoi croit-on aux mythes ? Probablement pour des raisons essentielles. D'abord, parce que s'ils sont inconcevables au plan rationnel, les mythes dissimulent sous le voile de contes fantastiques des vérités profondes.

Un mythe est une éventuelle construction imaginaire qui se veut explicative de phénomènes cosmiques ou sociaux et surtout fondatrice d'une pratique sociale en fonction des valeurs fondamentales d'une communauté à la recherche de sa cohésion.


Ensuite parce qu'il n'est pas rare que les mythes se fondent sur un événement historique ou des personnagesréels, déformé par l'imagination populaire. Alors, comment concevoir une approche des mythes avec un regard d’adolescent,peut-être en se demandant pourquoi il est impossible d'éviter de réfléchir son propre portrait dans le miroir qu'est par définition un mythe.

Car il n'existe aucun être sérieux qui n'ait trouvé dans un mythe, autre chose que sa propre image. Voilà qui place le mythe au cœur du véritable étonnement philosophique, au chapitre des miroirs. Et le piège dans lequel le mythe prend tout lecteur, est qu'il ne nous permet pas d'échapper à l'autoportrait, du moins après avoir tenté de jeter un regard vers le miroir qui nous regarde.

Car en fait, la véritable question est bien de savoir comment est monté un mythe en forme de miroir, il est évident que le mythe ne s'exprime lui-même qu'en langage symbolique.


La Quête est une notion fonctionnelle fondamentale dans le conte populaire et, dans le mythe, la quête est accomplie par le héros, d'autres récits sont, d'un bout à l'autre, des quêtes sous des formes très variables (guerre, poursuite, voyage, méditation) en vue d'objectifs les plus divers : Toison d'or : pour les Argonautes, épouse : au début de la légende de Tristan et Yseut, secret : dans le roman policier, mais aussi la recherche de l'absolu de Balzac, ou à la recherche du temps perdu de Proust.

La littérature médiévale offre un exemple particulièrement frappant de quête, dans le cycle romanesque immense consacré à la Quête du Graal liée, à Chrétien de Troyes, à la matière arthurienne.

Quant à la littérature de la Renaissance, elle propose le "Cinquième et Dernier Livre des faits et dits héroïques du bon Pantagruel (Fils de Gargantua, Pantagruel, qui bébé, réduit son berceau en miettes, étrangle un ours et mange le jarret de sa nourrice, donne le coup d'envoi de la Renaissance française,c'est un bon géant, qui sème l'épouvante et dont les exploits surpassent ceux d'Hercule).


Un exemple : le mythe de Jason.



Revenons au mythe de Jason (fils d'Éson, roi d'Iolcos en Thessalie, et descendant d'Éole), le chef de l'expédition de la Toison d'Or, il fut le premier héros qui, en Europe, entreprit un long voyage.

La Toison d’Or était celle d’un bélier qui emporta Phrixos en Colchide au royaume d’Aiétès. Celui-ci, petit-fils du soleil Hélios, l’avait suspendue à un chêne dans un bois sacré d’Arès proche de sa cité d’Aia.

La portée générale, confirmée par tous les détails de l'histoire fabuleuse, se trouve déjà exprimée par la signification du nom des héros réunis : Argonautes, tous navigateurs, embarqués à bord de l’Argo, qui signifie le Vaisseau Blanc.

Le navire lui-même est le symbole d’une personnalité bien construite et achevée : il avait en effet cinquante rangs de rame, cinquante étant le nombre d’une totalité dans le monde des formes. Le bateau est aussi le symbole du yoga et de la discipline que l’on suit. De plus, il était doté d’une poutre parlante qui encouragea l’équipage lorsqu’il monta à bord du navire pour la première fois. Cette poutre est le symbole d’une structure solide qui contribue de par son existence au succès de la quête et prouve être indispensable à ses débuts. Elle provient de Dodone, lieu de l’oracle de Zeus, et exprime ainsi la parole intuitive la plus haute.

Le blanc étant symbole de pureté, l'Argo devrait les conduire vers la purification. La nature de l'expédition se trouve encore plus clairement désignée par son but : la conquête de la Toison d'Or.

L'or couleur est représentatif de la spiritualisation, tandis que la Toison, le bélier, est symbole de sublimation. La Toison d'Or à conquérir indique donc que le but symbolique de l'entreprise est la conquête de la force de l'esprit et de la pureté.

La Toison d'Or est suspendue à un arbre, symbole de vie, et gardée par un dragon, symbole de pervertissement. Le héros doit "tuer le dragon" pour pouvoir s'emparer du trésor sublime. Mais il se peut aussi que le héros s'empare du trésor sous sa signification perverse. Tel est le sens général qui peut se dégager du thème autour duquel sont concentrées toutes les images du mythe.

Il faut cependant observer que pour Jason, qui se trouve à la tête de l'expédition, la conquête de la Toison d'Or n'est qu'une condition à remplir afin de pouvoir accéder au trône royal de son père.


Et le dilemme essentiel sous-tendu par le mythe de la Toison d'Or est bien de savoir dans quel état d'esprit le héros exercera le pouvoir, lorsqu'il l'aura acquis. S'il trouve la signification sublime du trésor (s'il sait dominer la passion du pouvoir), son règne sera juste.

Mais s'il ne trouve que la signification perverse du trésor, (s'il n'aspire au pouvoir que pour le pouvoir), son règne sera celui d'un tyran. Ainsi, de la réussite ou de la défaite du héros, dépend le sort du pays qu'il gouvernera, et ce pays est une représentation symbolique du monde entier. C'est donc le sort de l'humanité qui dépend de cette réussite ou de cette défaite. Jason ne tente pas l'aventure seul, ce qui est à la fois assez exceptionnel et très significatif. L'Argo conduit les navigateurs vers Colchos, le pays de la Toison d'Or.

Ils voguent sur la mer, symbole de vie, dont ils doivent toutefois affronter les dangers.

Et après avoir surmonté bien des difficultés et évité tous les écueils, l'Argo accoste enfin à Colchos mais, présage funeste, une partie du gouvernail a été emportée.

Le roi de Colchos exige, pour remettre la Toison d'Or à Jason, qu'il réussisse à atteler deux taureaux sauvages que nul n'a jamais pu parvenir à dompter et qu'il laboure ensuite un champ qu'il devra ensemencer avec les dents d'un dragon.

Mais Jason, peu confiant dans ses propres forces, se lie avec Médée, la fille du roi, qui est magicienne, ce qui n'est en réalité qu'un calcul vulgairement utilitaire, pour surmonter sans risques les épreuves imposées par le roi.


Et Jason ne tue pas en combat héroïque le dragon qui garde la Toison d'Or, héros défaillant, il l'endort en utilisant un philtre préparé par Médée et parvient ainsi à se sauver en dérobant le précieux trophée. Les images de la fin du mythe figurent le châtiment de Jason. Le symbolisme des travaux escamotés a servi à figurer l'attitude perverse qui caractérisera le règne de Jason.

Après s'être servi de Médée, il l'abandonne et elle devient alors l'instrument fatal de sa punition, en tuant, de ses propres mains, les enfants de leur union. Jason, las de traîner son désespoir à travers le monde, vient un jour se reposer à l'ombre l'Argo.

Mais il est écrasé par une poutre qui tombe de l'épave du navire qui aurait dû le conduire jusqu'à son idéal. Ainsi, Jason a voulu se reposer à l'ombre de sa propre gloire, croyant qu'elle suffirait à justifier sa vie entière ou à lui permettre d'en oublier les déboires passés et le vaisseau, symbole de l'espoir héroïque de sa jeunesse, devient alors celui de la ruine finale de sa vie.


L’herméneutique du mythe de Jason.



Tel qu’il a été rapporté par Apollonios de Rhodes, le mythe de Jason et des Argonautes retrace le parcours du chercheur depuis son entrée effective sur le chemin jusqu’à l’expérience majeure d’une « descente » spirituelle de force et de connaissance depuis le plan du surmental (le surmental dissout ou surpasse la conscience de l’ego qui limite l’être à sa formation individualisée, liée par une structure ou gaine extérieure étroite du mental, de la vie et du corps ; il révèle le Soi et l’Esprit universels, la divinité cosmique et ses myriades de forces projetant des myriades de formes ).

Cette descente « illumine » d’abord le mental puis descend éventuellement dans les centres en dessous, créant une certaine ouverture psychique au niveau du cœur. En effet, la lumière agit d’abord dans le mental – car le mental supérieur reçoit plus rapidement ce qui descend, bien que ce soit le cœur qui reconnaisse toujours le premier l’essence divine.

En général, à notre connaissance, cette première expérience ne dure pas au-delà de quelques jours ou quelques semaines.

Elle constitue seulement une déchirure temporaire du voile dans le mental. C’est la raison pour laquelle Médée se sépara de Jason au retour de la quête, détruisant même les fruits de leur union (elle tuera ses enfants avant de retourner en Colchide). En effet, seules les « réalisations » sont définitives.


Une leçon ésotérique pour l’entreprise de toute quête.



C'est en cela que l'on peut considérer le mythe de la Toison d'Or comme typique de la quête manquée. "Ici, Tout est Symbole". Cette affirmation répétée au cours de la cérémonie de réception au premier degré est chargée de sens, parce qu'elle annonce la valeur de la démarche et celle du programme, la recherche du sens au-delà de l’apparence et n’oublions pas que Jason n’a qu’un seul, pied chaussé pour sa quête…


Ainsi, au départ, dès le commencement du voyage, il doit savoir que la Parole Retrouvée ne pourra "se dire". Elle sera montrée, sous forme d’initiales, qui sont le Symbole du MOT et non Le MOT lui-même, enfin décrypté.

Car le symbole est le langage du sens. Et le sens est ce qui génère des significations. Il faut aller du sens à la signification. Ainsi, la Parole Perdue est-elle toujours à retrouver et sa quête exige une remise en question permanente et douloureuse de toutes les certitudes acquises antérieurement.

- Comment avez-vous été reçu ?

- En passant de l’équerre au compas.

- Que cherchez-vous dans cette route ?

- La parole du maître qui était perdue.

Retrouvée la parole perdue représente ainsi le but même des travaux du maçon dans sa volonté de toujours se perfectionner, cela constitue l’objet de son effort perpétuel pour réunir ce qui est épars comme s’il s’agissait de reconstituer l’unité primordiale.

On notera que pour le monde religieux, la parole est révélée alors que pour le monde maçonnique, elle est recherchée

Mais le voyage initiatique n'est accompli que par celui qui ne se contente pas de la parole substituée. Celui-là demande l’essentiel ... Encore faut-il qu'il garde son esprit critique et qu'il conserve un certain humour, afin de ne pas devenir un dévot béat qui attend une révélation de la part de ses maîtres.



Août 2021 GL travail de synthèse

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