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Il est midi ?Aucune allusion à l’heure de l’apéritif…


Rê à midi Tombe de Nefertari


Notre TCF Gérard Lefèvre nous invite à une réflexion sur le sens du début du travail "À midi" dans les Rites issus de la tradition des Modernes. Il écrit :


Ré est le dieu du soleil de l’Égypte ancienne. Il est représenté en tant que Rê à midi, c’est-à-dire lors de sa gloire terrestre. Le dieu est personnifié en homme à tête de faucon surmonté du disque solaire

En quête de lumière, les travaux de la loge maçonnique ouvrent à mdi, car c’est l’heure la plus lumineuse, la plus chaleureuse, donc propice au travail. C’est le point culminant de la marche du soleil dans sa course céleste. La lumière est à son paroxysme, le soleil s’est rendu maître du ciel et diffuse sa lumière éblouissante sur toute la terre.

Le Vénérable : Quelle heure est-il, Frère premier Surveillant ?

Le Premier Surveillant : Il est midi.

Réponse symbolique, faite par le Premier Surveillant qui est à l'occident du côté Sud (en plein soleil), par sa sacralisation, son illumination, la Loge est en pleine lumière. Il est donc midi et il sera midi tant que dureront les travaux.

On retrouve ces mots dans les plus anciens rituels du 18è siècle insérés dans ces demandes et réponses que nous utilisons encore aujourd'hui comme cela a été cas à l’ouverture de nos travaux ; voici une version qui date de 1747 :

Demande du Vénérable : F.·. 1er Surveillant, à quelle heure se fait l'ouverture de la loge d'apprenti maçon ?

Réponse : Très Vénérable, à Midi plein.

D : Vénérable 2ème Surveillant, quelle heure est-il ?

R : Très Vénérable, il est midi plein.

D : Puisqu'il est midi plein et que c'est à cette heure que se fait l'ouverture de la loge d'apprentis et que commencent nos travaux, Vénérable Frère 1er Surveillant, dites au Frère 2ème Surveillant qu'il me fasse passer par sa colonne, le mot, la passe, le signe et l'attouchement et leurs significations et vous mes Frères passez la même chose par votre Colonne afin de nous assurer que nous sommes ici tous Frères.

L’ouverture des travaux dans un temple maçonnique, à midi, signifie essentiellement l’irruption de la réalité cosmique, l’irruption du sacré et la disparition soudaine de la fiction, de l’illusion qui nous occupe dans la vie courante, irruption qui se produit à partir d’un ici et maintenant qui déclenche la reconstitution du monde sous la forme de ce symbolisme, modèle mathématique, qui est le Temple.

Bien sûr, il s'agit là de symboles ; le temps symbolique et le travail symbolique ne se retrouvent pas obligatoirement dans le sens commun des mêmes mots !

Ici, tout est symbole ! Encore faut-il le comprendre !

Le rituel donne un indice en évoquant le soleil à son zénith mais cela est insuffisant pour justifier la permanence avec laquelle les textes et les pratiques se sont référés et continuent de se référer à ce découpage du temps !

Si on reprend les anciens textes des maçons opératifs et en particulier le Regius, ils se retrouvaient essentiellement sur trois principes :

- l'excellence dans la pratique du métier

- l'excellence dans le respect d'une rigueur morale

- l'obéissance dans l'organisation sociale de la société médiévale imprégnée par la référence chrétienne


Comme presque toujours en Franc-Maçonnerie, la compréhension des symboles doit d'abord être recherchée dans la Bible ! A l'époque où la Franc-maçonnerie fut créée en Angleterre, la Bible en usage était la King James Version Bible, plus simplement nommée KJV.


Le premier élément de réponse qui vient à l'esprit se retrouve dans ce Volume de la Sainte Loi (réintitulée ultérieurement « Volume de la Loi Sacrée ») que fut la Bible pour toutes les loges de Saint-Jean et en particulier l'évangile selon Saint Jean.

Particulièrement dans la pratique devenue au Rite Français, la Bible est ouverte au niveau du prologue ; qu'est-il écrit ?

- Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.

- Elle était au commencement avec Dieu.

- Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle.

- En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.

- La Lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point reçue

- Il y eut un homme envoyé de Dieu : son nom était Jean

- Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent en lui.

– Il n’était pas la lumière mais il parut pour rendre témoignage à la lumière.

– Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme.

– Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l’a point connue.

– Elle est venue chez les siens, et les siens ne l’ont point reçue.

– Mais à tous ceux qui l’ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés.


« Une lecture complète du texte s’impose pour une meilleure compréhension. »


Un peu plus loin, il est écrit que Jésus parla aux Judéens pour leur dire :

« Moi, je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, il aura la lumière de la vie. » et Jean ajoute : Il prononça ces paroles alors qu'il enseignait au Temple, du côté du Trésor. Et personne ne l'arrêta, parce que son heure n'était pas encore venue.

​Encore plus loin retraçant le processus de condamnation de Jésus par Pilate, Jean écrit :

« Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais des Judéens se mirent à crier : Si tu le relâches, tu n'es pas ami de l'empereur. Quiconque se fait roi s'oppose à l'empereur.


« Alors Pilate, voyant qu'il allait provoquer une émeute, abandonna Jésus à la foule, se lava les mains devant celle-ci et déclara : "Je suis innocent du sang de ce juste, vous, vous y aviserez" ; ce qui signifiait que le sort du Christ lui était égal, et qu'il se dégageait de toute responsabilité. »

En lisant ce prologue, nous comprenons maintenant que midi symbolise le moment du début d'une partie importante du processus chrétien, c'est-à-dire le début de la crucifixion. D'une certaine manière, l'initiation maçonnique peut être comprise comme une réappropriation de l'étape finale du voyage obligatoire de Jésus-Christ vers la lumière. Cette réappropriation s'effectue à travers un langage symbolique, théoriquement compréhensible uniquement par les autres praticiens.

La sagesse des textes maçonniques, à travers l'utilisation du contenu symbolique des mots, fait croire aux non-éduqués qu'ils ont compris quelque chose alors qu'ils sont incapables de saisir l'essentiel. Le concept originel de la Franc-maçonnerie ne peut être mis en œuvre : elle se vit.


Nota bene :

« Le récit littéraire de la mort de Jésus se déroule dans un cadre marqué par un rythme de trois heures dans l'Évangile selon Marc : Jésus est crucifié à la troisième heure (9 heures du matin), les ténèbres débutent à la sixième heure (à midi) et la mort survient à la neuvième heure (trois heures de l'après-midi). »

A la bonne heure !

Midi est donc le moment où la lumière est à son maximum : c’est le moment de la « pleine conscience », de l’ouverture maximale, le moment le plus propice à l’élévation spirituelle.

Symboliquement, le Midi correspond au milieu de la vie, c’est le début du déclin physique mais aussi le début de la sagesse. Un moment qui sonne la spiritualisation de notre être.

La première partie de notre vie était marquée par les passions, les impulsions, l’inconscience. Nous étions des êtres non-éveillés et non-initiés.

La seconde partie de notre vie est l’occasion de déchirer les voiles, de dépasser nos illusions. Nous marchons vers la mort, mais paradoxalement cette perspective peut nous aider à vaincre nos préjugés. Nous nous détachons peu à peu de notre corps-matière pour entrevoir la vérité.


Tout le plaisir des jours est en leurs matinées ; La nuit est déjà proche à qui passe midi.

François de Malherbe


GL, 08/2023, travail de midi à minuit

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