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Elles, que de femmes autour de Jésus-Christ ! Mais aucune autour du Maçon !


Notre Bien-aimé Frère Gérard Lefèvre a écrit :


Les Francs-maçons se nomment entre eux « les enfants de la Veuve ». Mais cette appellation demeure elle-même veuve de tout nom. Dans aucun rite, il n’est dit qui est cette Veuvemais encore aucune image féminine n’est évoquée dans un des degrés de l’initiation. Les Maîtres Maçons connaissent bien le héros du mythe, substance de leur grade. Non seulement le Maître mythique de ce grade, n’a aucune compagne qui viendrait se mêler à son histoire légendaire, mais encore aucune image féminine n’est évoquée dans un des degrés de l’initiation.

L’absence de toute femme dans le rituel maçonnique, quel qu’il soit, mérite interrogation, même si une telle absence ne trouble guère les Frères qui se satisfont de la réponse convenue et désespérément habile selon laquelle la Veuve est la Franc-maçonnerie. L’autoréférence crée plus de problèmes qu’elle n’en résout.

Évoquer un lien probable entre les figures du mythe du Maître du grade et du Christ relativement à la question de la Veuve, et plus généralement des femmes n’arrange pas les choses du côté maçonnique.

Car contrairement à la Franc-maçonnerie, dans les Évangiles, plusieurs femmes apparaissent autour de Jésus pour jouer un rôle majeur à des moments décisifs.

On ne parlera pas ici de la Vierge, puisque, par définition, elle ne peut être la Veuve. Mais il convient d’évoquer Marie-Madeleine qui inspire encore quantité d’ouvrages.




La relation entre Jésus de Nazareth et Marie Madeleine demeure une source de débats vifs dans le monde chrétien.

Un papyrus comportant huit lignes en copte ancien a été présenté à Rome en 2011, lors d’un important congrès scientifique. Il serait vieux de 1600 ans. Le Vatican nie la véracité des propos que l’on peut y lire. En effet, le texte indique que Jésus aurait eu une femme. On est donc loin de l’image de la prostituée repentie véhiculée en occident. Les chercheurs estiment que la variété des sources trouvées traduit la diversité de courants de pensée parmi les premiers chrétiens. D’autres papyrus ont été découverts en Égypte au cours du siècle dernier. L’Église les considère comme hérétiques.

Marie Madeleine serait-elle notre veuve (sous-entendu bien sûr), serions-nous ses enfants ?


Papyrus évoquant la femme de Jésus.


Marie Madeleine est présente sur la tombe deux jours plus tard, elle la trouvera vide. Deux anges lui apparaîtront, ainsi que Jésus qui lui demandera de prévenir les disciples. Jésus apparaîtra ensuite à divers témoins, disciples et Apôtres.



Le comportement de Marie-Madeleine au tombeau inspira à Maître Eckhart un sermon (le 55ème) où il la montre « cherchant un corps mort », même démarche que celle des Maîtres dans le rituel du 3ème grade, sans avoir peur, ni des soldats, ni de la mort pour elle-même.

Eckhart est admiratif : « On pourrait se demander pourquoi elle approcha si près alors qu’elle était une femme et que les hommes qui étaient là, l’un qui aimait Dieu (Pierre), l’autre qui était aimé de Dieu (Jean, étaient saisis de crainte ».

Elle, par contre, « se tient debout (…) avec toutes ses puissances ». Eckhart décrit une femme dans la double énergie de l’amour et du désespoir. Les puissances d’amour et de désespoir que montre le rituel maçonnique de la recherche du corps du Maître mythique ont-elles une force symbolique comparable ? La question peut se poser.


Eckhart vonHochheim, dit Maître Eckhart,

est un théologien et philosophe dominicain,

le premier des mystiques rhénans.

Il étudia la théologie à Erfurt, puis Cologne et Paris.

Il enseigna à Paris, prêcha à Cologne et Strasbourg


Les francs-maçons parvenus au grade de Maître apprécient à juste titre la puissance évocatrice du rituel qu’ils viennent de vivre.

Mais, en même temps, ils s’interrogent sur le récit qui leur est fait. Les incohérences en sont assez connues et il n’est pas utile d’y insister. Le plus problématique est le « mot substitué », simple constat de mort sans rien qui prépare la résurrection symbolique venant ensuite et qui fait d’évidence écho à celle du matin de Pâques.

Comment nier la source plus chrétienne qu’hébraïque du personnage mythique du 3ème grade ? Et des degrés complémentaires ? Quel que soit le rite, la création de ces grades s’est fondée sur la recherche d’une autre parole, porteuse d’espoir et de vie.

Ceci dit, on ne comprend toujours pas la raison de l’absence de toute présence féminine dans les différents grades, alors que le rôle des femmes auprès des morts est une constante dans tous les grands mythes traditionnels.

Mais sommes-nous certains que les rituels présentent la version la plus complète de la légende telle qu’elle aurait pu se diffuser dans les loges ?

La quasi-unanimité des rituels n’enlève pas tous les doutes, car il convient également de se demander s’il n’existe pas des récits « apocryphes » du mythe du Maître comme il en existe pour les Évangiles.

De fait, nous disposons d’au moins un récit apocryphede la légende : on le trouve dans le Voyage en Orient de Gérard de Nerval (l'Église ne le tient pas pour canonique).

Pour son Voyage en Orient, il utilisa vraisemblablement une tradition orale issue des premiers rituels de perfection transmise sans doute par voie familiale. Voici le résumé de la légende telle qu’il la raconte :

Adoniram est recruté par le roi Soliman (Salomon) pour la construction du Temple. Mais le roi devient jaloux d’Adoniram à cause de son ascendant spirituel sur le peuple, puis surtout à cause de Balkis, la reine de Saba, qu’il a fait venir à Jérusalem en usant de sa suzeraineté sur elle. Salomon est subjugué par l’intelligence et la beauté de Balkis. Il la désire à la fois comme femme et comme reine à mettre à sa merci.



Mais, en tant que reine et en tant que femme, Balkis hésite à se lier à Salomon. C’est alors qu’Adoniram, épris également de Balkis, se révèle, par l’oracle d’une huppe, lui aussi descendant de la même race qu’elle, celle de Tubalkaïn, et donc le « frère-époux » (Isis-Osiris ?) de tout temps à elle destiné.

Salomon, pressentant ce qui se passe, va précipiter la mort d’Adoniram en incitant tacitement trois compagnons à le tuer : précisément ceux qui ont déjà tenté de faire échouer la coulée de la mer d’airain parce qu’ils ne supportaient pas l’ascendant du Maître.

Ces trois-là sont donc déjà à la merci de Salomon et ne peuvent rien lui refuser. Le meurtre d’Adoniram par les compagnons a lieu dans le temple la nuit où Balkis, requise par Salomon à Mello, son palais d’été, va lui échapper en le faisant endormir. Fuyant ce palais avant le réveil de Salomon, Balkis va croiser dans la nuit, sans le savoir, la dépouille d’Adoniram emportée par les trois compagnons.

Ce récit légendaire fait donc de Balkis, reine de Saba, la veuve d’Adoniram. Cette version de la légende est clairement maçonnique car, non seulement elle livre quantité d’éléments figurant encore tels quels dans les rituels, mais elle apporte d’autres éléments qui donnent à sa version du mythe la cohérence qui semble manquer aux versions pratiquées des rituels.

Concernant ces nouveaux éléments, on ne parlera pas ici de ceux qui, comme la huppe, figurent également dans le soufisme et autres traditions initiatiques d’Orient, ou de ceux qui, comme la culpabilité de Salomon et la mise en cause du pouvoir royal, ont sans doute provoqué son interdiction : on se limitera à la seule image féminine de Balkis dont la qualité maçonnique est sidérante.

L'exception qui confirme la règle ?

Si certaines vertus sont humaines, c'est-à-dire que l’on est capable de les discerner par notre intelligence et de les acquérir par une bonne éducation, les vertus théologales, elles surnaturelles, sont un don de Dieu qui les a mises en nous. Elles adaptent les facultés de l’homme à la participation de la nature divine.

La foi, l'espérance et la charité sont appelées vertus théologales parce qu'elles se rapportent immédiatement à Dieu. L’iconographie en règle générale a toujours représenté ces trois vertus sous l’apparence de trois femmes : l’une portant la croix, ce n’est qu’après l'édit de tolérance de Milan par lequel l'empereur Constantin légalise le christianisme que les chrétiens ont pu ouvertement exposer et adorer le symbole du sacrifice du Christ (la Foi).

(L’Espérance) a d’ordinaire l’ancre comme symbole, car cette masse qui retient le bateau malgré l’agitation de la mer symbolise la stabilité et l’assurance.

La troisième dans la mythologie grecque. La « Charité » est représentée assise et ailée car elle aspire au ciel, elle est auréolée de feu pour symboliser son ardeur, et chaussée pour qu'elle puisse marcher sur les chemins les plus difficiles, elle est couronnée car elle est la reine de vertus et porte son cœur dans la main, enfin, sa poitrine est découverte, laissant ses mamelles offertes.

Celles-ci figurent du reste sur un tableau de loge au premier grade en Angleterre.

Ces vertus sont elles réservées aux femmes ?



Tableau de loge...de nos Frères anglais : trois figures féminines !


La femme est-elle vraiment l’avenir du franc-maçon… devant ce conservatisme, fruit de la « tradition », cela reste une contradiction majeure d’une institution qui se dit pourtant grande défenderesse de l’universalisme de l’humanité, recherché et prôné.

Nos instituteurs et leurs rituels ont-ils pris à la lettre cette parole des Saintes Écritures : « Tu ne dois pas non plus monter sur mon autel à l’aide de degrés, afin que ta nudité ne s’y découvre point » (Ex 20,26) ?


GL 12/2021




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