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Dogme et Doctrine



Notre Très Cher Frère Gérard Lefèvre nous éclaire sur une mise au point nécessaire entre les concepts de « dogme » et de « doctrine ». Il place cette étude dans le cadre de la Franc-maçonnerie. Il écrit :


Il y a ceux qui affirment péremptoirement que la franc-maçonnerie n'a ni dogme ni doctrine. Alors pourquoi approfondir cette question ? : comme pour comprendre une fois pour toutes, que nous formons une société tolérante et, pour cette raison, nous rejetons par principe tout dogme, toute doctrine au sens courant de « prêt à penser ».

La tolérance de la franc-maçonnerie est si grande que personne ne peut en tirer de conclusions et faire des affirmations pouvant être liées à un dogme ou à une doctrine. Tout ce qui est imposé est terrible et doit donc être rejeté. Ne cherchons-nous pas à nous rassembler et à nous unir dans nos temples ? Ne rejetons-nous pas ce qui est répugnant, choquant, diviseur ? Existe-t-il quelque chose de plus "diabolique" au sens étymologique que le dogme, la doctrine, est-ce signe de séparation plutôt que d'unité ?


Dogme et Doctrine définition :

Dogme \dɔɡm\ masculin

Emprunté au latin dogma , spécialisé en latin chrétien « doctrine de l'Église », du grec ancien δόγμα , dogma (« opinion, croyance »).

Vérité indiscutable définie par l’autorité compétente ; objet de foi. (Wikipédia)

Point fondamental et considéré comme incontestable d'une doctrine religieuse ou philosophique, ensemble de ces points constituant une doctrine : Les dogmes cartésiens. Le dogme chrétien. Synonymes : précepte – règle (Petit Larousse).

Les dogmes sont une affirmation religieuse que le chrétien croit vraies, vérités dont l’essentiel se trouve exprimé dans le Credo ou Je crois en Dieu, imposée par une autorité religieuse à laquelle les fidèles doivent adhérer.

‘’Hélas ! à quels docteurs faut-il que je me fie ? La leçon des Anciens, dogme ou philosophie, Ne m'a rien enseigné que la crainte et l’orgueil ; Ne m'abandonne pas, toi, qui seule, ô science, Sais forger dans la preuve une ancre à la croyance ! Le doute est douloureux à traîner, comme un deuil. ‘’


Sully Prudhomme, La Justice, Veille 2, 1878, p. 108.


Dans son Traité Théologico-Politique (1670), Spinoza démontre que c’est en contraignant la foi par des dogmes mal fondés qu’on la détruit. Il faut donc lutter contre les préjugés des théologiens en fixant une méthode pour interpréter les Écritures. Celles-ci s’adressent à la foi seule et demandent simplement qu’on obéisse aux commandements de justice et de charité exprimés par les prophètes et les apôtres. Nul dogme n’est à ajouter.


Spinoza

- Doctrine vient du latin doctrina qui, selon le Gaffiot (dictionnaire latin-français), veut dire enseignement, formation théorique, éducation, culture et ne prend que secondairement le sens d’art, science, théorie. II est lui-même issu du verbe docere qui signifie instruire, enseigner. Il est de la même famille que les mots docte, docteur et … docile. Il est également proche parent du verbe latin decere, être conforme, qui a donné le mot décent. Doctrine signifie au départ donc enseignement qui convient à l'adepte.

Il semble que ce soit vers 1160, dans la traduction de l'œuvre de Saint-Benoît, que le mot doctrine fasse son apparition, pour signifier enseignement, sens qu'il aurait conservé jusqu'au XVIIe siècle.

Le Dictionnaire historique de la Langue Française ajoute que :

- Doctrine désigne l'enseignement, la formation théorique par opposition à « natura », la nature et « usus » la pratique, l'éducation, et par métonymie la technique, la méthode. Au XVIIIe siècle il désignait l'ensemble des connaissances acquises, et de là l'ensemble des notions proposées comme fondement d'une religion, d'un système philosophique. Ce n'est que progressivement que le mot a pris le sens péjoratif d'endoctrinement.


En Franc-maçonnerie, il y a une exception. : Le Rite Écossais Rectifié. Il est fondé sur une doctrine, celle de la « Réintégration », issue d’un ouvrage le « Traité de la réintégration des Êtres dans leur première propriété, vertu et puissance spirituelle divine » de l’illuministe Martinez de Pasqually. Elle est une explication proposée pour l’origine et de la destination de l’homme, figurée dans les arguments dramatiques à tous les grades de ce système.La doctrine rectifiée n’est en rien un « endoctrinement » : elle a valeur d’enseignement du sens du Rite dans toute son ampleur.

Rien à voir avec :

« Ne crois rien de ce que les docteurs et les prêtres affirment. Mais ce que tu as vérifié personnellement et expérimenté, et donc reconnu pour vrai, garde-le et fais-en ta doctrine. »


Bouddha.

Les dogmes sont des points, des éléments qui fondent une doctrine. Les grandes lumières sous les auspices desquelles travaillent les Francs-maçons de tradition, sont-t-elles des dogmes ou des symboles ? Si l’on considère que les trois grandes lumières sont l’Équerre, le Compas et le Volume de la loi Sacrée (« Volume de la Sainte Loi » ou « Bible »), l’on peut dire que ce ne sont pas des dogmes, mais plutôt des symboles.


La caractéristique d’un dogme est qu’il représente et impose une pensée unique, une opinion. La compilation de dogmes, si j’ose, fonde une doctrine, cette doctrine dirige, oriente l’homme dans l’interprétation des faits et donc dans la direction de sa conduite. C’est donc une sorte de tyrannie, de vérité unique.

Si je reviens aux trois grandes lumières, l’Équerre est le symbole universel de la rectitude, donc représente une vertu éthique, le Compas le symbole de l’ouverture d’esprit, le volume de la loi sacrée (« Volume de la Sainte Loi » ou « Bible », n’est pas un livre unique, pour certains c’est le Coran, pour d’autres la Bible, la Torah (livre de Moïse), etc.


Le volume de la loi sacrée, autrefois appelé fort justement « Volume de la Sainte Loi » ou simplement « Bible » avant le changement d’appellation imposé par les Maçons anglais pour des besoins d’expansions de la Maçonnerie dans l’Empire britannique, où les peuples n’étaient pas judéo-chrétiens, ne peut donc pas être considéré comme un dogme. Il convient cependant d’être attentif au terme précis, la Bible. Ainsi le même livre, n’a pas la même signification d’une religion à l’autre, il y a diverses Bibles, contenues dans le Volume de la loi Sacrée, où chacun peut trouver son bonheur. Par exemple, les Israélites (Ancien Testament) et les Chrétiens (Nouveau Testament). L’on pourrait faire presque la même démonstration avec le principe du Grand Architecte de l’Univers.

… qui est une référence spirituelle commune pour les Francs-maçons pour donner du sens à leur travaux et pas un dogme, certains considèrent que le Grand Architecte de l’Univers est Dieu, c’est leur choix, d’autres qu’il est un principe où ils voient ce qu’il souhaite c’est leur libre choix et volonté.

Le principe fondamental du symbolisme est l'introduction de la variation de sens et des différentes valeurs et intensités de ses diverses significations. Ainsi, la doctrine contient la liberté d'interprétation. Sans liberté, la Franc-maçonnerie serait l'équivalent d'une religion ou d'un parti politique, ce qu'elle n'est pas. Par exemple, nous ne sommes pas dans le credo « Je crois en un seul Dieu » de l'Église chrétienne.


Le sujet vous le voyez est complexe, les symboles universels dans lesquels se reconnaissent les initiés Francs-maçons, ne constituent pas l’acceptation libre, entre eux d’une doctrine universelle. Certains ne se reconnaissent-ils pas dans une tradition primordiale au sens Guénonien (Partisan de la pensée de René Guénon) du terme ?


La Franc-maçonnerie n'est pas une religion. C'est une croyance en des valeurs universelles, essentielles pour la vie de tous, qui peuvent être réalisées par l'exemple et la pratique de la vertu au niveau humain.

S’il n’y a pas une doctrine ou des dogmes au sens strict, premier. Il y a une recherche commune, un chemin commun, une mémoire commune, un but commun : la fraternité humaine, vue sous l’angle d’un travail en commun sous le symbole du chantier.

La "doctrine" ne doit jamais être une idole humaine, mais une vertu universelle, et nous n'en sommes que les porteurs, les diffuseurs, et nous devons faire en sorte que le génie parle en nous, ou du moins le réalise.

Il y a dans l’homme une sagesse ancestrale, et qu’il nous est possible, si nous le désirons, de rassasier notre soif de ce vin céleste. Cette mémoire de l’esprit est la base réelle de l’imagination, et quand elle nous parle, nous nous sentons vraiment inspirés, parce qu’une créature plus puissante que nous parle à travers nous.

George Russel Dans ‘Le Flambeau de la Vision’


La Maçonnerie est-elle une vérité religieuse, un dogme ?


Par ses rapports avec le sacré, parce qu’elle est « reliance » (Définit l'état de toutes choses qui sont connectées, reliées entre elles, dans une relation interpersonnelle) horizontale, entre les hommes et reliance verticale, faisant, qu’on le veuille ou non, référence à un principe supérieur.

Elle dispense un enseignement, elle possède donc une doctrine exotérique qui, impose une ascèse, un travail sur soi, et elle repose un corpus dogmatique qui en dehors de toute référence à un quelconque Grand Architecte de l’Univers, impose, au minimum, de croire que l’initié, et probablement tout homme, est perfectible.

Elle impose de vivre dans un sacré permanent.

La Maçonnerie est-elle une vérité religieuse : oui dans le sens de certain édito, non... La Maçonnerie n’est pas une vérité religieuse, ni un dogme. C’est une démarche initiatique qui vise à l’amélioration de soi et de la société, sans imposer de croyance ou de doctrine à ses membres. La Maçonnerie est dite adogmatique, c’est-à-dire qu’elle ne se fonde pas sur des principes intangibles ou révélés, mais sur la libre recherche de la vérité par le dialogue et le respect des opinions.

La Maçonnerie n’est pas non plus une église, puisqu’elle n’a pas de culte, de clergé, ni de sacrements. Elle n’a pas pour vocation de se substituer aux religions, mais de favoriser la tolérance et la fraternité entre les hommes. La Maçonnerie est donc une spiritualité laïque, qui s’exprime à travers des symboles et des rituels, sans prétendre détenir une vérité absolue ou universelle. C’est ainsi, par « spiritualité laïque », que l’a récemment définie le Grande Maître de la Grande Loge Unie d’Angleterre.

Pour conclure et exprimer le fond de ma pensée, je témoignerai que la Franc-maçonnerie n’est pas une pensée enseignée à coup de dogmes ; Voltaire lui-même nous le dit bien : « Tout dogme est ridicule ; toute contrainte sur le dogme est abominable. Ordonner de croire est absurde. »


GL 08/2023, Travail de synthèse

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