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Cahier Bleu n° 45 : Le Franc-maçon, un infini entre deux infinis..


En entrant dans un local de réunion maçonnique, que l'on appelle "temple", en levant le regard, on remarque immédiatement que le plafond représente une voûte étoilée en guise de plafond.

Les rituels donnent des explications variées, correspondant aux besoins d’une société initiatique, sur cette intention de laisser penser que la loge est à découvert.


De plus, les rituels ajoutent que la profondeur de la loge va jusqu’au centre de la terre. Nous n’entrerons pas dans les interprétations de ces particularités architecturales, mais nous pouvons réfléchir sur la signification philosophique qu’elles peuvent évoquer pour « l’homme Maçon. » et pour son processus initiatique.

Pour ce faire nous nous appuierons sur une pensée d’Emmanuel {1} Kant, dont la proximité de sens avec celui de la Franc-maçonnerie est saisissant.


Le philosophe de Königsberg [2] écrit :

« Deux choses remplissent l’âme d’une admira6on et d’un respect toujours renaissants et qui s’accroissent à mesure que la pensée y revient plus souvent et s’y applique davantage : le ciel étoilé au-dessus de nous, la loi morale au-dedans. Je n’ai pas besoin de les chercher et de les deviner comme si elles étaient enveloppées de nuages ou placées au-delà de mon horizon dans une région inaccessible ; je les vois devant moi et je les rattache immédiatement à la conscience de mon existence.

La première part [3] de la place que j’occupe dans le monde extérieur, et elle étant ce rapport de mon être avec les choses sensibles à tout cet immense espace, où les mondes s’ajoutent aux mondes et les systèmes aux systèmes, et à toute la durée sans bornes de leur mouvement périodique.


La seconde part [4] de mon invisible moi, de ma personnalité, et me place dans un monde qui possède la véritable infinitude, mais où l’entendement seul peut pénétrer, et auquel je me reconnais lié par un rapport non plus seulement contingent, mais universel et nécessaire (rapport que j’étends aussi à tous ces mondes visibles).

Dans l’une, la vue d’une multitude innombrable de mondes anéantit presque mon importance en tant que je me considère comme une créature animale, qui, après avoir (on ne sait comment) joui de la vie pendant un court espace de temps, doit rendre la matière dont elle est formée à la planète qu’elle habite (et qui n’est elle-même qu’un point dans l’univers).

L’autre au contraire relève infiniment ma valeur, comme intelligence, par ma personnalité dans laquelle la loi morale me révèle une vie indépendante de l’animalité, et même de tout le monde sensible autant du moins qu’on peut en juger par la destina6on que cette loi assigne à mon existence, et qui, loin d’être bornée aux condi6ons et aux limites de ceFe vie, se tend à l’infini. »

Kant, Cri6que de la raison pratique (1788).

Il s’agit au fond pour le Franc-maçon du même infini :

la liberté qui désigne ce qu’il y a d’absolu dans chacun d’entre nous. Avec la loi morale, contenue dans l’Obliga<on du Maçon, cet infini est donné sous la forme d’une obligation intérieure, celle de moraliser nos actions quelles que soient les circonstances où la vie nous place et les excuses que nous pouvons forger pour nous soustraire à notre devoir. Cet infini est donné sous la forme du respect que nous éprouvons à l’égard de nous-mêmes et des autres en tant que nous ne sommes pas réductibles à des choses. Le ciel étoilé est la figure esthétique de cet infini : son immensité figure l’immensité de la destination morale de l’humanité.

Kant parle à ce propos de « sublime » [5] : le fait qu’il n’existe aucune limite assignable à notre liberté se révèle dans la sublimité du ciel étoilé infini, toujours disponible pour de nouveaux regards.

La plupart des hommes d’aujourd’hui, en particulier ceux qui vivent dans les villes, ne font plus l’expérience des étoiles, masquée par les lumières artificielles et la pollution. C’est comme s’il n’était plus possible de percevoir un horizon plus grand que notre moi, une invitation à dépasser les frontières étroites de nos intérêts [6].

La Loge maçonnique peut réaliser ce?e sublimité et ce dépassement. Encore faut-il bien entendre l’Art Royal ...


Notes.

[1] Prénom en allemand « Immanuel », né 22 avril 1724 – décédé 12 février 1804.

[2] Autrefois en Prusse Orientale, dont Königsberg était la capitale, jusqu’en 1946, aujourd’hui « Kaliningrad », enclave territoriale russe entre la Pologne et la Lituanie.

[3] Du verbe « partir ».

[4] Idem.

[5] Le grade de Maître-Maçon n’est-il pas appelé dans les rites anglo-saxons « sublime grade » ?

[6] D’après un commentaire de Michaël Fœssel, in Philosophie Magazine, Hors-Série, 2024.

Crédit : GNU Free Documentation License, I, Sailko.

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