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Bâtir des cachots pour les vices et élever des Temples à la vertu.



Notre Très Cher Frère Gérard Lefèvre nous propose une étude sur cette "expression - programme" fondamentale. Il écrit :


Si on consulte l’un des dictionnaires de référence de langue française, Le Petit Robert, la vertu se décompose en deux parties : une partie morale et une autre au pouvoir à la capacité. Si la première concerne l’humain, l’immatériel, le spirituel dans son ensemble, la deuxième se réfère au matériel et au physique, c’est dans la première partie que va s’ancrer ce travail.

En politique, Machiavel fait reposer la vertu du Prince sur la ruse et la force. Alors que Spinoza identifie la vertu à la puissance et à l’effort, Kant, lui, retrouve le sens moral du terme en distinguant la vertu, qui oblige intérieurement, et le droit, qui contraint extérieurement.

On appelle aujourd’hui « éthique des vertus », la doctrine morale qui estime que les valeurs du bien et du mal étant trop abstraites pour inspirer une conduite droite, celle-ci doit tirer sa norme de l’exemple des hommes vertueux.

La définition de la vertu que nous privilégions est la plus haute qualité morale, le sens premier que nous donnons à ce terme se voit prolongé comme la disposition permanente à accomplir des actes moraux, soit atteindre la morale au sens propre, « La perfection morale et du bien »


En l’occurrence, il ne s’agit pas de viser le bien en soi mais de se montrer capable de faire du bien. Car toute conscience morale, qui vise le bien sans emprunter les moyens utiles pour y parvenir, reste vaine, sans effets. Il ne suffit donc pas d’être porté par une louable intention à propos d’une situation, il faut encore de façon raisonnée pouvoir agir en fonction des circonstances particulières que ladite situation requiert, vis-à-vis des personnes idoines, de la façon qui convient.

Fruit de la délibération, la vertu exige une manière d’être et d’agir des plus belles, en adéquation avec de nobles principes de vie. Ainsi se marque la sagesse pratique de l’homme qui, en mesure de réaliser sa vertu en acte, atteint alors la fin la meilleure qui soit : la vie heureuse.

Un petit rappel étymologique : Virtus, virtutis en latin veut dire : Qualité distinctive, mérite essentiel de l’homme. Par extension courage, talent, mérite, énergie, force, vaillance. « Animi virtus corporis virtuti anteponitur » (« Les mérites de l’âme passent avant ceux du corps ») dit Cicéron.


Ce terme « vertu » est fortement polysémique (qui a plusieurs sens). Pour les philosophes grecs antiques, la vertu (dont Socrate se demande si elle peut s’enseigner) est ce que vise le sage. Chez Platon, elle est cette excellence naturelle (arèté en grec) qui permet d’organiser la cité idéale en valorisant quatre vertus cardinales : la sagesse, le courage, la tempérance et la justice.


Arétè statue, symbole de vertu, dans la bibliothèque de Celsus à Ephèse, Turkye


Considérée par Aristote comme un juste milieu entre deux vices (par exemple, le courage se situe entre la lâcheté et la témérité), déterminée par la raison et l’expérience de l’homme prudent, la vertu est particulièrement étudiée par les stoïciens qui pratiquent l’ascèse pour l’atteindre.

Mais ce terme n’a pas qu’un usage moral : Saint Paul, inspiré par les stoïciens, fait de la foi, de l’espérance et de la charité les trois vertus théologales qui doivent guider la vie chrétienne.

La pensée philosophique antique s’appuie sur la réflexion suivante : « Chaque homme peut devenir le vrai maître de sa vie en s’affranchissant de tout ce qui lui est étranger » : tous les philosophes s’appuient sur ce principe, mais chacun choisit son axe de pensée et le vice intime à combattre... Pour les Épicuriens ce sont les faux plaisirs. Pour les sceptiques, les opinions égarées. Pour les stoïciens l’intérêt égoïste. Et enfin les conventions sociales pour les arrogants.


D’après Socrate, la Vertu demande une participation active de l’être, de faire un effort constant sur son ego pour réaliser cet idéal de perfection que représente le Bien.


D’origine aristotélicienne, l’eutrapélie est la vertu de l’homme qui éprouve une « gaîté de bon aloi ».

Dans l’Éthique à Nicomaque, Aristote explique que cet homme vertueux se situe entre deux excès : le rire grossier du bouffon et l’absence de rire du rustre. L’équilibre entre ces deux extrêmes est difficile à atteindre, d’autant plus que cette eutrapélie est définie dans la Rhétorique comme : « une démesure tempérée par la bonne éducation ».

Pour Thomas d'Aquin, une vertu est toujours un moyen terme entre ces deux extrêmes que sont une exagération et un manque (de là vient la locution latine In medio stat virtus, « La vertu se tient au milieu »). Ce moyen terme ne signifie pas une moyenne statistique ou une sorte de compromis médiocre, mais un optimum, la meilleure façon d'exercer nos capacités : par exemple, la vertu de courage est le juste milieu entre les deux « vices » que sont la couardise et la témérité, la vertu de générosité est le juste milieu entre avarice et prodigalité, etc.

Cette définition montre le danger que fait courir le rire, toujours considéré comme une démesure, un excès, un éclat qui doit être contrôlé par la vertu.




Thomas d'Aquin, né en 1225 ou 1226, mort le 7 mars 1274, est un religieux de l'ordre dominicain, célèbre pour son œuvre théologique et philosophique.


L’homme est par sa nature même prédisposé à l’acquérir, dans la mesure où il appartient à chacun de la cultiver par de bonnes habitudes de vie et de la concrétiser dans des actes. Aussi, par son comportement vertueux, l’homme a-t-il la possibilité d’accomplir dans l’action ce qui lui convient le mieux et ce qui profite à tous.


Selon Aristote qui en distingue deux aspects, la justice générale et la justice particulière, constat que les jurisconsultes romains de l’époque de Cicéron et Cicéron lui-même exprimeront pour la première fois sous la forme d’une définition du droit civil dont nous pourrons retrouver les racines dans celle exprimée déjà par les juges égyptiens de l’Ancien Empire :

"Ne prononce pas de jugement impropre, car Maât déteste les comportements injustes", « Livre des Morts ».

C'est donc bien au nom de la Déesse, et selon les vertus propres à celle-ci, qu'étaient rendus les jugements terrestres antique.

Maât


Les vertus maçonniques s’inspirent des vertus chrétiennes. Rappelons que ces dernières sont au nombre de 7 :

3 vertus théologales (d’ordre divin) : Foi, Espérance et Charité,

4 vertus cardinales (d’ordre humain) : Prudence, Tempérance, Force et Justice.

Les trois vertus théologales évoquent le triangle ou le compas alors que les quatre vertus cardinales évoquent le carré ou l’équerre.


LES VERTUS MAÇONNIQUES Les grandes vertus maçonniques sont la Sagesse, la Force et la Beauté ; à côté de ces vertus maçonniques sur lesquelles s’appuie la Franc-maçonnerie figurent les vertus cardinales, humaines, que l’on doit pratiquer pour vouloir accéder aux vertus théologales, c'est-à-dire divines.

Les vertus théologales : qualifient les vertus qui ont Dieu pour objet. Elles sont citées dans la Première Epître de Saint Paul aux Corinthiens Maintenant donc, ces trois-là demeurent, la foi, l’espérance, et l’amour (ou charité) Si certaines vertus sont humaines, c'est-à-dire que l’on est capable de les discerner par notre intelligence et de les acquérir par une bonne éducation, les vertus théologales, elles surnaturelles, sont un don de Dieu qui les a mises en nous. Elles adaptent les facultés de l’homme à la participation de la nature divine.


Les trois statues qui ornent la façade de la Chapelle de l’Hôpital Lariboisière représentent La Foi, l’Espérance et la Charité, par Jules-Charles Dubois en 1855.


Cependant, malgré d’incessants efforts pour exceller dans l’injustice, l’être humain n’est jamais parvenu à s’affranchir complètement de sa conscience morale.

La notion du bien et du mal, de la vertu et du vice, quoique trop piétinée par nos actes, plonge en nous une racine tenace. Même les despotes les plus sanguinaires et les forbans les plus roués ne réussissent pas à en venir à bout dans leur for intérieur.

Le XXe siècle a été, au-delà de toute limite jusque-là connue, celui du vice. Quant sera-t-il du XXIe siècle ?


“Il ne faut pas retourner certaines vertus : leurs envers est plus laid que bien des vices.”

« Marie d’Agoult »


Revenons à nos fondamentaux :

- Le Vénérable s’adresse au Candidat: Quelles réflexions ce voyage a-t-il fait naître dans votre esprit?

- Après la réponse du Candidat, le Vénérable dit: Vous avez dû trouver dans ce voyage moins de difficultés et d’embarras que dans le premier: nous avons voulu rendre sensible à votre esprit l’effet de la constance à suivre le chemin de la vertu; plus on y avance et plus il est agréable. Ces cliquetis d’armes que vous avez entendus dans son cours, figurent les combats que l’homme vertueux est sans cesse oblige de soutenir pour triompher des attaques du vice. Vous avez été purifié par l’eau; il vous reste encore d’autres épreuves à subir; armez-vous de courage afin de les supporter jusqu’au bout.


Il y a donc là une exigence véritable de la pratique de la Vertu, qui ne fait néanmoins pas de l’ordre une institution vertueuse. Ce que la Franc maçonnerie apporte, c’est le sentiment de ce que pourrait être une société accomplie, société dont elle n’est que la fragile et déficiente image, le symbole obscure, mais l’image fondamentale.


A nos pieds, le vice abattu Nous en assure la victoire. C'est à nos mœurs, à la vertu, Qu'il en faut accorder la gloire. Puisqu'enfin le monstre est dompté, Chantons, chantons avec gaité : Sagesse, bonté, Des Maçons, voilà l'histoire ; Sagesse, bonté, Paix, franchise, égalité


Extrait (7) de chanson maçonnique publié en 1918 par la Loge Ernest Renan du Grand Orient de France, qui donne cette chanson sous le titre Les vertus maçonniques.



GL 04/2022

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