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ÉCOSSISME.

Notre TCF Jean G., spécialiste du REAA, nous offre une réflexion approfondie sur le sens de l’Écossisme. Il écrit …

 

Position du problème :

La fin actuelle des « - ismes »

Le suffixe isme, pose question d’emblée. Dans un premier sens ce isme indique doctrine voire dogme et dans cette acception l’Écossisme ne peut être concerné. Isme au cours du temps a acquis une connotation péjorative. Le mot qu’il termine est un concept qui même sans désigner une idéologie précise comme dans le cas de l’idéalisme qui par sa généralité sa hauteur pouvait faire espérer à celui qui s’en réclamait échapper au mépris public. Mais même dans ce cas qui prône le primat de l’esprit et des idées qu’il forge pour saisir le monde cet idéalisme est devenu suspect et n’est plus audible. C’est que l’idéalisme est le père des idéologies, même si celles-ci n’en sont que des déviances en quelque sorte. Quand il ne se « spécialise » pas l’idéalisme affirme le primat de l’idée, de l’esprit de l’homme. Il a à voir avec la mise en avant de l’être et induit l’ontologie. Celle-ci s’associe presqu’automatiquement à considérer qu’il n’y a pas d’esprit, de conscience d’être sans introduction du transcendantal. A ce point pour échapper à l’ontologisme, qui est l’ontologie réduite à une transcendance désignée  comme vérité, il faut que l’ontologie reste sur les hauteurs de l’Idée et ne se transforme pas en certitude. Si cela a la beauté de l’Absolu, n’y a-t-il pas condamnation de l’opérationnalité que la vie exige ? Seuls, la méditation, le mysticisme, la rupture avec le monde et les mondanités peuvent peut-être offrir une expérience de cette Idée qui ne serait qu’aux frontières de l’Idéalisme qui de façon générique est l’entrée dans l’action. Nous éviterons la discussion sur le fait de savoir si méditer, est agir ?  La fin actuelle des ismes – car les ismes sont les fleuves que l’homme tentent de canaliser mais jamais n’élimine - a sans doute été consacrée par la phénoménologie qui inspire que l’objet, le phénomène (Husserl) ou le fait (Wittgenstein) sont premiers. Les ismes font résurgence de toute part comme des fleuves contrariés dans leur cours qui à la première occasion retrouvent le lit dont on les avait privés. Il en est ainsi du racisme, du fanatisme, du radicalisme… La position phénoménologique est séduisante, dans ce qu’elle implique d’humilité pour l’homme, le replaçant dans une condition d’utilisateur du monde plus que de créateur. Elle condamne son interventionnisme destructeur sur le cosmos quand il est considéré au service et la propriété de l’homme. Mais cette posture n’est-t-elle pas qu’un néo naturalisme pour séduisant qu’il a toujours été, n’en n’est pas moins que la vision d’une sorte de paradis que nous savons mythique et perdu ? Au final échapperons-nous au dogmatisme si nous abordons le REAA sous l’angle de l’Écossisme ? Et pourtant pouvons-nous, nous passer de cette démarche ?

 

Une Vérité du REAA.



En fait cet avant-propos, nous révèle que parler d’Écossisme risque de placer notre analyse sur la voie de la description d’une Vérité du REAA. Il semble que nous avons toujours refusé cette pensée uniciste. Par ailleurs si nous avons bien compris, notre parcours interdit d’évoquer dans nos Respectables Loges, politique et confessionalismes, ce à quoi un angle d’attaque en isme risque de nous conduire presqu’immanquablement. Il y a-t-il moyen d’échapper à cela ? Toute tentative pour ce faire, n’est-elle pas vaine ? Pouvons-nous sortir de la volonté d’imposer le dogme que nous portons ?  Notre bien commun consacre que le monde a un Sens et que celui-ci est transcendantal. Mais même à ce point de convergence nous sentons bien que la divergence existe, qui consiste pour certains à affirmer la nature de cette transcendance, tandis que les autres en restent à l’affirmation de cette transcendance générique à l’œuvre. L’Écossisme si nous utilisons ce mot ne doit-il pas dans la sphère maçonnique en rester à ce niveau générique, laissant à chacun dans sa sphère privée le droit de mettre un nom plus précis sur cette transcendance ? Cela n’exclue pas dans nos RL de faire référence à toutes ces traditions qui sont descendues du générique au particuliers et que nous avons tout à gagner à fréquenter. Mais nous ne devons sans doute pas en retenir une déclinaison plus qu’une autre même si notre penchant naturel fait que notre doxa privée envahit la doxa maçonnique ?

 

Le refus de tout dogme.



Alors devons-nous arrêter là et affirmer une fois pour toute que l’Écossisme, se refuse à proposer à ses adeptes tout dogme, au-delà de l’adhésion à la transcendance créatrice du monde ? Cela nous le partageons déjà. Aller plus loin n’est-ce pas pour chacun risquer de tirer l’Écossisme vers sa chapelle, ce à quoi nous assistons sans cesse, il faut l’admettre ? Nous savons très bien qui est qui.

 

Il nous est dit avec raison, ce me semble que le travail au REAA, appelons cela l’Écossisme (peut-être que certains discuterons ce terme), offre un cadre sans imposer de contenu doctrinal. Nous sommes nombreux probablement à partager cette vision des choses, entachée souvent de nos contradictions intimes.

 

Si nous adhérons à ce second principe, le premier étant nous le rappelons l’affirmation volontariste de la transcendance à l’œuvre dans le monde, parler de l’Écossisme reviendrait à essayer de décrire la « méthode » maçonnique écossaise. Le sujet de l’Écossisme deviendrait :

                        Qu’est-ce que la transcendance en maçonnerie ? Je crois que nous avons essayé de répondre en parlant de l’indicible, bien que nous n’en n’ayons pas abordé toutes les facettes, sans doute devant l’étendue du champ ?

Qu’est-ce que la méthode maçonnique écossaise pour comprendre et vivre avec et de cette transcendance ?

 

Et quid de l’indicible.



Il y aurait encore à dire sur l’indicible dont certains aspects n’ont pas du tout été abordés.

Le choix de la méthode si nous souhaitons être honnêtes, conditionne les conclusions. Ces herméneutiques si elles ne sont pas présentées comme plurielles induiront avec certitude le résultat de nos réflexions dans un seul sens, au détriment de la pluralité. Paul Ricoeur et d’autres ont souligné que l’herméneutique choisie dans l’abord d’un sujet conditionne le résultat. Ainsi dans la suite de Ricoeur faut-il accepter de faire dialoguer les herméneutiques. Sinon nous en restons à une vision dont nous ne savons même pas si elle est majoritaire qui écrase les autres et frustre les adeptes, et même risque de manipuler ceux qui ne distinguent pas les enjeux derrière les interventions des uns et des autres qui pour brillantes qu’elles soient ne disent pas clairement à tous de quel côté elles se rangent distinctement.

 

Le discours sur l’Écossisme parle donc de la transcendance indicible et explore la façon de parler de cet indicible.

 

La façon de parler de l’indicible est en soi une question fondamentale qui ne me semble pas avoir été parcourue, en tout cas pour elle-même, même si nous l’avons croisée de façon transversale dans les interventions diverses. Car si nous ne pouvons pas dire l’indicible nous pouvons en parler. Ce n’est qu’un paradoxe apparent qui est lové au cœur même du mot théologie, theo logos, l’étude de dieu. Le mot théologie est donc un terme générique qui n’est la propriété d’aucune confession. Il est à remarquer que les confessions qui proclament un Dieu connu une fois pour toute, entreprennent encore des travaux théologiques. Cela ne va pas sans interroger sur les besoins de connaissance et d’études concernant quelque chose à propos duquel nous ne possédons que des certitudes. La théologie quand elle traite de certitudes et de dogmes est presqu’antinomique, dans ses termes. En fait le discours théologique s’il énonce des certitudes est une catéchèse et la théologie consiste à apprendre le contenu des dogmes presque de façon scolaire. Cette théologie là est une récitation. Si la théologie est une recherche de dieu à travers l’étude d’éléments que nous envisageons être des attributs de dieu, nous admettons des zones d’incertitudes dans la figure divine et nous sortons du dogme confessionnel qui demande adhésion inconditionnelle et obéissance aux ministres du dogme.

 

L’Écossisme est une méthode ; il n’est pas une théologie de la certitude.

L’Écossisme ne peut se trouver du côté des théologies de la certitude. L’Écossisme pourrait presque s’appeler une théologie si ce mot, avait gardé son sens premier de recherche de dieu et n’était pas brouillé par des siècles d’utilisation et d’identification à des doctrines monistes.

L’Écossisme est une méthode qui recherche la transcendance, en affirmant autant sa nécessité que sa Réalité.

 

JG 03/2024.





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